vendredi 9 avril 2010

Une bonne critique


L'entente qui règne au sein de l'écurie Chloé des Lys est excellente et souvent un auteur se permet de critiquer (gentiment) le livre d'un collègue. C'est encore le cas depuis quelques jours.

Vous trouverez ici une critique très complète et pleine d'humour d'Alain Magerotte à propos de "Nouvelles entre chien et loup".

J'apprécie toujours ce genre d'intervention. Cela prouve au moins que le lecteur a lu tout le livre !

Merci Alain !

mardi 30 mars 2010

Choses promises

C'est toujours une grande joie de tenir en main un de ses livres et plus encore lorsqu'il s'agit du petit dernier...

Chloé des Lys en la personne de Laurent, le grand chef, me les avait promis avant Pâques et il a tenu parole. Un gentil facteur s'est déplacé exprès pour me livrer les trente premiers exemplaires de ce "Magasin de contes".

37 contes qui parlent d'animaux, de fêtes, de rumeurs et de musique.

37 contes qui parlent d'amour, de secret et de gourmandise.

37 contes à lire sans modération...

Bientôt en vente un peu partout !

Dédicace assurée si achat chez moi, bien sûr !

jeudi 4 mars 2010

Une critique de mon livre...


"Nouvelles à fleur de peau" continue à susciter des réactions et c'est tant mieux !
http://jelistulisillit.wordpress.com/2010/03/02/nouvelles-a-fleur-de-peau-de-micheline-boland/

Merci à Martine !

mardi 2 mars 2010

Le septième...


Non, pas le septième ciel mais plutôt mon septième livre qui va bientôt sortir !

Mon cher éditeur vient de m'envoyer le premier exemplaire. De quoi vérifier que tout est parfait !

En exclusivité, voici la couverture :



Ce sont mes amis Dominique et Dominique qui ont réalisé le travail en partant d'une photo prise par Louis pas loin de chez nous, à Mont-sur-Marchienne.

Rassurez-vous, le magasin n'est pas aussi éclairé ni le ciel aussi rouge !

Lors de la sortie officielle, je vous en dirai plus. Mais il va falloir, comme moi, être patient !

mardi 19 janvier 2010

Mon petit dernier...

Comme mon dernier livre est sorti officiellement hier, voici la première et seule critique (jusqu'à présent) que Cathy Bonte, éditée elle aussi par Chloé des Lys, a bien voulu écrire...

Ah elle m’a bien eue la petite dame ! J’avais déjà eu l’occasion de lire un de ses livres "Nouvelles à travers les saisons" et j’avais bien aimé. Des personnages simples, un peu Monsieur et Madame tout-le-monde auxquels nous pourrions nous apparenter facilement, des histoires de tous les jours que nous pourrions vivre un jour ou l’autre, oh il y a bien un petit meurtre de temps en temps dont Micheline a le secret, histoire de bousculer un peu l’univers petit bourgeois de certains héros, et puis une écriture tout en finesse, facile, gaie, alliant une description intelligente de l’état psychologique des protagonistes.

C’est donc dans le même esprit que je m’apprêtais à lire son dernier recueil "Nouvelles à fleur de peau".

Belle surprise !

Dès la première histoire ("La chaise vide"), la belle-mère m’énerve ! Je meurs d’envie de lui mettre une claque ou de lui faire un croche-pied… à moins que… ?

L’histoire suivante ("La porte") m’envoie dans un monde où les peluches et les poupées s’aiment… Et si c’était vrai ?

La troisième ("Rencontre de vacances") me plonge carrément dans un univers étrange qui me fait tout de suite penser aux "Petits contes cruels pour mal dormir" de Dominique Leruth. De même que "La statue" qui me glace un peu.

"L’ange" me fait penser à cette photo en noir et blanc représentant un socle vide, une échelle posée dessus, et des pas qui s’éloignent dans la neige …*

Une larmichette d’émotion pour "Les ballons" ou encore pour "Critique et vengeance" car je sens et je sais ce qu’il y a derrière…

21 nouvelles viennent ainsi étoffer ce quatrième recueil de nouvelles. Du suspens dans chacune d’entre-elles, une écriture qui a mûri, qui s’est affirmée, une bonne dose de psychologique qui nous fait glisser dans la peau des autres : Comment se sent-on quand on devient retraité du jour au lendemain ? Que sommes-nous prêts à faire devant une statue qui nous trouble ? En pleine canicule, face à un mari qui nous énerve, que fait-on avec le couteau à viande qu’on a justement en main ?

À chaque fin d’histoire, l’envie de poursuivre le recueil pour savoir comment sera la suivante. Un magnifique travail, Micheline, bravo !

Un petit bémol ? Quelques fins m’ont laissée sur ma faim … Je m’attendais à plus de meurtres. Il y en a, bien sûr, mais je vous laisse deviner dans lesquels …

* Après avoir écrit cet article, je suis allée sur le blog de Micheline et j’ai découvert la fameuse photo. Micheline s’en est bien inspirée pour écrire cette nouvelle !

Merci Cathy !


vendredi 1 janvier 2010

2010

En ce Jour de l'An, je vous offre en guise d'étrennes ces deux haïkus, composés spécialement ce matin pour l'occasion...

Dans le ciel grisâtre
l'apparition du soleil
~ mes vœux pour l'année.

Dans l'appartement
agitation et lumières
~ nouvel agenda.


dimanche 20 décembre 2009

Conte de Surice


Voici donc le conte que j'ai défendu hier à Surice et si je n'ai pas gagné, je n'en suis pas moins fière que ce beau texte ait été sélectionné...


Un peu de terre

Massimo triture le tablier de sa grand-mère entre ses mains. Il tente en vain de retenir ses larmes. Il articule : "Tu viendras nous voir en Belgique, Nonna ? Tu viendras dis ?"

"Mais oui, mon trésor…" Massimo est partagé. D'un côté, il est heureux de revoir bientôt son père qui, depuis des mois, est parti travailler loin du village, dans un pays du nord. Mais d'un autre côté, il est tellement triste d'être séparé de sa grand-mère. Cela lui est si dur de se dire qu'il ne la verra plus, qu'elle ne le consolera plus de ses petits malheurs, qu'elle ne rira plus avec lui. A qui se confiera-t-il encore ? Sa mère ne semble remarquer que les bêtises qu'il peut commettre…"Tiens-toi droit", "écris plus petit", "mouche-toi". Sa mère n'est vraiment tendre que lorsqu'il est malade. Elle passe alors la main sur son front, le frictionne avec de l'eau de Cologne, le cajole en murmurant des mots gentils. "Ça va ma puce ?", "Tu veux quelque chose de spécial ? »

Nonna se penche vers lui : "Et n'oublie pas ce que je t'ai donné… La petite boîte."

"Oui Nonna…"

"Maintenant va, ta mère doit t'attendre."

Massimo rejoint sa mère dans la petite maison voisine. Elle est occupée à remplir une valise avec des robes, des tabliers, des pyjamas, des chemises de nuit, des culottes, des pulls… "Prépare ce que tu veux emporter, Massimo."

Massimo va dans le jardin. Aujourd'hui, le ciel est gris comme le sont ses pensées. Massimo sort la petite boîte bleue de sa poche et de ses mains nues fait ce que sa grand-mère lui a dit, il remplit la boîte de terre. La terre lui apparaît chaude, douce, maternelle. C'est la première fois de sa vie qu'il connaît ce contact. Massimo regarde longuement la terre avant de placer le couvercle et de fourrer cette petite chose bleue, ultime présent de sa grand-mère, en poche.

"Massimo, Massimo…"

"Oui Maman…"

"Seigneur, où t'es-tu encore sali ainsi !"

Massimo ne répond pas. Il va dans sa chambre, y prend le petit personnage de bois et la balle à peine plus grosse qu'un citron que lui a offerts sa grand-mère, quelques livres et va porter le tout à sa mère.

En fermant la grosse valise, sa mère chante, elle ne pense sans doute qu'à son père et à la jolie maison qu'il a louée là-bas. Son père a écrit : "Marie, la vieille propriétaire, est très gentille, elle m'a aidé à aménager. Elle est si heureuse de louer une partie de son habitation à un jeune couple avec enfant. Il y a un magasin et une école près de chez nous, un jardin derrière. J'ai eu de la chance."

Massimo part. Durant le voyage en train, pour se réconforter, il lui arrive de mettre la main en poche et d'effleurer la boîte. Quand ses doigts rencontrent le métal, il se sent moins seul, plus fort, moins inquiet à l'idée d'affronter l'inconnu. Enfin, il retrouve son père. Il voit la jolie maison, pas si jolie que ça, Marie, la propriétaire, plus ridée qu'il ne l'imaginait. Il voit l'école, l'épicerie. Mais Marie même si elle lui sourit et dit quelques mots en italien, n'a pas l'odeur de savonnette de sa grand-mère. Le ciel est bas, les enfants du quartier ne parlent pas sa langue. Marie, c'est une institutrice retraitée, elle l'embrasse trop fort, le réprimande parfois comme sa mère le fait et elle s'efforce de lui apprendre le français en lui lisant des livres de filles. Marie, elle ne connaît rien au football ni aux jeux de garçon !

Sa mère passe beaucoup de temps à confectionner des vêtements sur une machine à coudre prêtée par Marie. Sa mère semble contente. Elle gagne de l'argent et essaye de lire la bible en français pour tester ses progrès. Elle attend un bébé.

À l'école, il y a des enfants qui le traitent parfois de "macaroni" et il ne sait quoi répondre. Il n'est pas aussi fort que Gino qui a frappé un gamin qui l'avait appelé ainsi ni aussi mignon que Rosa qui trouve toujours une autre fille pour la consoler.

Parfois, Massimo a le cœur gros mais il n'en dit rien. Seule, sa petite boîte bleue lui apporte un peu de baume quand il a la nostalgie du pays. Il lui arrive alors de l'ouvrir et d'embrasser la terre comme s'il embrassait sa Nonna.

Pour Noël, Massimo envoie à sa grand-mère une enveloppe qui contient dans une feuille pliée en trois, un peu de terre de Belgique et des pâquerettes séchées. Sa grand-mère lui répond. Elle a simplement calligraphié : "Tu m'as écrit de là où la terre fait souffrir mais rend riches les hommes qui la travaillent. Moi, je t'écris d'ici où la terre pleure de n'avoir pu nourrir ses enfants. Un jour tu comprendras, mon trésor." Il n'a pas vraiment saisi tout le sens du message mais il a épinglé la lettre sur le mur de sa chambre.

Le temps passe. Nonna écrit de moins en moins souvent, son écriture est moins lisible. Le bébé est bien là, bientôt, il marche et commence à parler. Marie aide toujours Massimo à faire ses devoirs et à étudier ses leçons. Elle l'appelle "mon petit loup", lui offre des chocolats et des livres mais est exigeante. Une phrase revient si souvent : "Tu peux faire mieux mon petit loup." Au fil des mois, les choses s'arrangent, les bulletins deviennent meilleurs. Son père parle maintenant d'acheter une maison.

Pour leur premier retour en Italie, les valises sont bourrées de cadeaux, des pantoufles garnies de pompons bleus et un chapeau à aigrettes pour Nonna, des chocolats pour les cousins. La veille du départ, Massimo prend soin d’emporter avec lui un peu de terre du jardin. Son père le regarde faire et en sortant de sa poche la même petite boîte bleue que celle de Nonna, il dit seulement : "Toi aussi…" Il a des larmes dans les yeux.

Maintenant, il y a un peu de terre d'ici, là-bas et un peu de terre de là-bas, ici.

Les années passent. La petite boîte bleue semble à présent presque oubliée. Pourtant, quand sa Nonna meurt, Massimo cherche sa boîte et la tient longtemps dans les mains.

Pareille à un grigri, il la gardera sur lui le temps d'un examen, le temps que cicatrice son premier chagrin d'amour et même le jour de son mariage !

La petite boîte remplie de terre de là-bas, c'est le signe de son attachement à l’Italie, c'est le souvenir d'une enfance merveilleuse avec une grand-mère extraordinaire.

lundi 23 novembre 2009

La Belgique sera conte

Ce conte vient de recevoir le prix du public et le 5e prix du jury du concours "La Belgique sera conte"

"C’était un petit royaume, un pays de gaufres et de babeluttes, de chocolat et de boulets sauce lapin, de waterzooi et de bières, de genièvres et de kermesses. C’était un petit pays mais il est devenu si petit, qu’il a fini par ne plus exister. S’il est devenu si petit, c’est qu’il était de plus en plus triste, le petit royaume. Il avait rétréci à force de querelles, à force de larmes. On l’avait blessé, on avait tiré sur lui à hue et à dia. C’est ce que ma maman me racontait, mon poussin. On y parlait une drôle de langue, paraît-il. Enfin, le plus souvent on n’y utilisait pas une vraie langue, une de celle qui peut s’étudier à l’école. Non, on s’y exprimait volontiers en utilisant des mots venus de dialectes. Il fallait être né là-bas pour comprendre la signification de certains mots.

C’était un petit pays peuplé de gens chaleureux, qui avaient le cœur sur la main et le verbe haut. Et puis, il y avait des géants qui sortaient lors des défilés, les carillons qui sonnaient régulièrement et les fanfares. Ah, les fanfares… Il paraît que c’était si gai de marteler les pavés au rythme des musiques de fanfares ! Moi, hélas, je n’ai pas connu tout cela…Dans ce pays, on aimait aussi se rassembler pour des processions et des marches militaires, enfin on adorait les cortèges de tous les genres comportant des personnages plus ou moins historiques. Ce sont des choses révélées par Bobonne. Et Bobonne, elle en connaissait des histoires ! Un petit verre d’élixir, ça leur donnait du cœur à l’ouvrage aux gens du petit pays. Quand Bobonne est morte, on a retrouvé dans son cellier de ces bouteilles d’élixir. Je peux t’avouer que j’y ai goûté et que c’était bon. Maintenant, ils ont presque tous disparu. Plus assez de ventes sans doute. L’union faisait la force de ces gens. Plus d’union, moins de commerce. Là, je risque de t’embêter. Les considérations économiques, c’est pas pour les gamins. Maintenant, il faut dormir, mon poussin."

La grand-mère remonte la couverture sur le petit lit d’enfant. L’enfant ferme les yeux… Il voit des princesses portant des robes de soie, de taffetas, de satin. Il voit des princes vêtus de velours. Il voit des carrousels, des baraques à frites et à beignets. Il sent de chaudes odeurs de pâtisserie. Il entend jouer du tambour et des cuivres, il entend des chansons. Il voit des couples qui dansent, des enfants qui jouent à cache-cache et à colin-maillard. Il voit une grande table garnie de mets dorés qui paraissent délicieux mais qu’il ne connaît pas. Il voit des grands hommes et de grandes femmes qui se dandinent. Mais il ne comprend rien à ce qui se dit. Qu’importe, ce qui compte c’est l’ambiance, la joie de vivre.

L’enfant rêve. Le lendemain, il s’éveille : "Dis, Mamy, ce petit royaume, c’était un royaume des fêtes. J’ai vu les habitants. Ils défilaient en costumes rigolos, ils riaient, ils valsaient en disant des mots que je ne comprenais pas. J’ai entendu qu’on y commandait à des marchands ambulants : des lacments, des pains à la grecque, des croustillons, des caricoles. C’était bizarre."

"Mais, mon poussin, de quel pays parles-tu ?"

"Du petit royaume dont tu as parlé, Mamy. Un petit pays où on s’amusait, où l’on trinquait avec ses voisins. Le petit royaume où il faisait bon vivre."

"N’en parle plus, mon poussin. Ça fait pleurer ceux qui l’ont déjà entendu évoquer. Vois-tu, on a perdu les recettes, toutes les recettes et pas seulement celles de cuisine. Ne dis rien à tes parents. Ils se fâcheraient s’ils savaient que je t’en ai parlé et que je te l’ai décrit. Ce petit royaume, il faut l’oublier. Je t’ai raconté cela parce que j’étais à court d’histoires, hier soir. Oublie ce que j’ai dit."

Chaque nuit l’enfant rêve du petit pays comme d’autres enfants rêvent de trains électriques, de vélos rouges ou de poupées qui marchent. Chaque nuit, un rêve différent. Il visite un petit royaume dont les façades des maisons sont garnies, selon les saisons, de spéculoos gigantesques, de fraises de Wépion, d’asperges de Malines, de cerises, de poires. Des douceurs accrochées aux briques comme autant de bijoux. Les gosses s’en délectent sans arrière pensée.

Chaque jour, l’enfant dessine ce qu’il se souvient avoir rêvé du petit royaume. Ses crayons de couleur courent sur les grandes feuilles de papier blanc.

L’enfant dessine des maisons aux fenêtres garnies de rideau, des autoroutes illuminées, des cours d’eau paisibles et des gens qui circulent à bicyclette, des beffrois, des places pittoresques, des forêts et des canaux, des gens qui parlent beaucoup avec les mains, des géants qui avancent paresseusement et des jaquemarts qui martèlent les heures. Pour l’enfant, le petit royaume c’est celui des plaisirs, des musiques joyeuses.

Chaque soir, quand l’enfant s’est assoupi, la vieille femme cache les dessins qu’il a faits durant la journée. Il ne faut surtout pas que les parents du petit, à leur retour de voyage, voient ces dessins. S’ils voyaient, ils comprendraient. S’ils comprenaient, ils dénonceraient peut-être la grand-mère aux autorités !

Et puis, un jour, l’enfant dessine sur la terrasse et son dessin à peine achevé s’envole suite à un simple souffle de vent. L’enfant a eu beau courir à sa poursuite, tendre la main vers lui, il n’a rien pu faire pour le retenir. Très vite, le dessin a pris de l’altitude. Alors l’enfant en a refait un autre qui aussitôt terminé s’est envolé lui aussi. Puis il a fait un troisième, un quatrième… Ils ont tous pris la voie des airs.

Le premier dessin, un dessin sur lequel des enfants jouaient au ballon au bord d’une plage, a traversé le ciel comme un oiseau et est allé atterrir à l’orée d’un bois. Le second qui représentait une forêt de conifères où couraient des chiens et des gamins, s’est déposé sur le brise-lames d’une plage. Le troisième, celui d’une place rectangulaire aux bâtiments gothiques, est arrivé sur un terril. Le quatrième, celui d’un carnaval aux gilles colorés, est venu se poser dans un port, le long d’un grand fleuve.

Et des promeneurs les ont ramassés, ces dessins. Et des vieux ont vu les dessins et se sont souvenus du temps où le petit royaume existait. L’un ou l’autre a pensé que c’étaient des œuvres oubliées de Brueghel l’Ancien. L’un ou l’autre a pensé à un aïeul qui était venu d’une région éloignée du petit royaume pour se marier dans une autre région ou pour y fonder une entreprise. Cela expliquait les noms du sud qu’on retrouvait au nord et les noms du nord qu’on retrouvait au sud. Mais chut, il ne fallait rien en dire, sinon on risquait des problèmes. Ils en ont donc parlé entre eux dans l’intimité d’un salon, dans des maisons aux portes fermées et aux volets clos. Ici et là, partout sur le territoire de l’ancien petit royaume, des gens ont eu la même idée, celle de ranimer quelque chose du petit pays.

Certaines parmi ces personnes sont tombées malades. C’était la nostalgie et la langueur qui les tenaillaient. D’autres ont voulu faire quelque chose pour que les malades guérissent. Ils n’ont envisagé qu’un remède à ce mal-là : mettre tout en œuvre pour que le petit royaume ressuscite.

Alors, ils ont cherché dans des greniers des souvenirs du temps où le petit royaume existait encore. Dans le tréfonds des greniers, on en découvre des choses. Des recettes de coucous de Malines, d’escavêches de Chimay, de spantôles de Thuin, de choesels de Bruxelles, de potjesvlees de Furnes, de lierse vlaaikens, de couques, de tartes au riz-macaron de Liège. C’est autre chose que des hamburgers, des sandwichs garnis ou des steaks. Rien qu’à lire les recettes, on salive par avance.

On en voit aussi des vieilles images dans le fond du fond de certains greniers. Vieilles photos de vacances à la Côte, de balades dans les Fagnes. On retrouve des lettres du temps où l’on pouvait communiquer entre les régions sans crainte de représailles. Dans des malles, on a retrouvé de vieux habits mangés par les mites. Des habits de marcheurs, de chinels, de pénitents. Des déguisements utilisés lors de cortèges folkloriques. Rien que des pages, des photos jaunies, des habits troués mais quelles pages, quelles photos, quels habits !

Un souvenir en amenant un autre, on s’est souvenu d’une vieille baraque remisée dans un vieux hangar. On l’a retapée, on l’a ressortie. Elle portait des inscriptions bilingues qu’on s’est empressé de camoufler. Un vieux a dit que c’était une baraque du temps où les forains voyageaient dans tout le petit royaume. Ils allaient de kermesse en kermesse mais chut, ça c’est un secret comme un secret de famille dont la pensée vous effleure, un secret que beaucoup connaissent qu’il faut pourtant se garder de divulguer. Ça ne se dit pas non plus qu’autrefois dans le petit royaume, on voyageait librement, du nord au sud, qu’on utilisait partout la même monnaie, qu’on avait des héros en commun, qu’on buvait les mêmes bières, qu’on écoutait les mêmes carillons. Toutes ces choses qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Chut, chut. Motus et bouche cousue.

Des baraques cachées, il y en avait beaucoup dans l’ex petit royaume. L’envie de les ressortir était là. Et une envie, c’est comme une démangeaison, il faut s’en débarrasser… Alors, ici et là, au sud comme au nord, à l’ouest comme à l’est, on a organisé des fêtes foraines qui rendaient la mémoire aux plus anciens. On a vu des galopants qui diffusaient des musiques entraînantes, des sortes de caravanes garnies de miroirs où des inscriptions bilingues annonçaient des produits de bouche. La pluie et le vent s’étaient bien vite chargés de faire réapparaître les fameuses inscriptions.

On a sorti des géants poussiéreux. On les a baladés en différents lieux. Des défilés, il y en a eu de tous côtés, de plus en plus étoffés. On a ressorti les marionnettes. Parfois on ne comprenait pas grand chose au spectacle mais un coup d’épée est un coup d’épée, un bisou est un bisou et une chute fait toujours rire. On a entendu la musique de fanfares, celle des grelots et des apertintailles.

Le petit royaume n’était plus mais pareils à des bulles dans un verre de champagne, apparaissaient çà et là d’anciennes coutumes…

Un jeune et beau prince un peu triste, qui vivait au-delà de la mer, a entendu parler de tout cela. Cela lui rappelle quelque chose de l’histoire de sa famille. Il s’informe auprès d’historiens réputés et propose aussitôt ses services pour rétablir le petit royaume. Tout à l’euphorie de retrouvailles possibles, les habitants de l’ancien petit royaume l’acceptent comme souverain. Ainsi les désirs du peuple se révèlent-ils plus forts que les lois mises en place. Le jeune prince devenu roi, épouse une fort jolie princesse à peine sortie de l’adolescence. On festoie durant des jours et des jours. On embrasse des inconnus dont on ne saisit pas les propos, on danse avec eux. L’essentiel est de s’amuser, de faire bombance.

La vie d’avant, celle d’avant les querelles, reprend. Voyez-vous, mon petit doigt me dit que les gens de ce petit pays sont, malgré tout, restés friands de compromis, de fêtes et de bonne chère.

Mais, comme disait Kipling, ceci est une autre histoire…

mardi 17 novembre 2009

Le sixième !

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Il est sorti, ce sixième livre !

Vous pouvez au moins admirer sa couverture réalisée par Dominique et Dominique !

Que dire pour vous inciter à le lire ?

Qu'il y a des nouvelles écrites lors d'ateliers d'écriture, des nouvelles noires mais aussi des courtes histoires d'ange ou de démons. Toujours avec ce petit je ne sais quoi de réel que seul Louis et moi reconnaissons !

Du merveilleux, avec cette petite main en bois qui se révèle une infatigable travailleuse (une nouvelle primée en 2009 au grand Prix de l'Eau Noire).

De l'historique revu et corrigé, avec ce géant qui rythme toute une vie.

De l'humour, avec ce critique littéraire entarté.

Ou encore une rencontre en Suisse avec une statue d'Hermès et cet ours en peluche trouvé dans une maison abandonnée des Baléares...

mardi 13 octobre 2009

Automne

Hier, j'ai reçu un mail d'une dame habitant au Canada me demandant si elle pouvait utiliser un de mes poèmes pour accompagner une de ses magnifiques photos.

J'ai bien sûr accepté de bon cœur et lui ai demandé la même autorisation dans l'autre sens !

Merci à Maria do Carmo Vieira qui, bien que d'origine brésilienne, vit maintenant au Canada !

Voici donc la fameuse photo et deux poèmes que l'automne m'a inspirés...

AUTOMNE

Je me laisserai courtiser par le vent,
Les rafales de vent qui emportent la détresse,
Les souffles de vent qui apportent les parfums,
Les caresses, la tendresse.
Je me laisserai aborder par le froid
Et glisser dans son sillage comme une feuille morte.
Je laisserai s’accrocher le premier givre
Sur l’herbe, sur l’écorce.
Je me donnerai le temps de goûter à l’âpreté de la noix,
De tendre la main vers l’arbre dénudé,
De me séparer d’inutiles breloques.
Déjà la berge est empesée
Et prend l’éclat blanc de la pureté sacrée.



FEUILLES MORTES

Que tombent les feuilles
Et partent avec elles les vieilles habitudes.
Avec le temps,
Viendront de nouveaux feuillages,
S’élargira mon horizon.

Laisse monter le vent.
Qu’il emporte avec lui
Fleurs fanées,
Deuils, désillusions.


mercredi 23 septembre 2009

Une histoire écrite lors d'un atelier d'écriture...


RENCONTRE DE VACANCES


Sous le soleil, il m'est, semble-t-il, plus aisé de tomber en amitié.

C'est ainsi que lors du deuxième petit déjeuner à l'hôtel "Château Beau Séjour", j'ai fait connaissance avec Léa et que je me suis liée à elle.

Léa me parla de ses nombreux voyages, de son attrait pour la photographie et la vidéo. Le repos sur une plage, ce n'était pas son affaire, me dit-elle.

Je confiai à Léa mon amour pour les bêtes et je lui exprimai combien le fait d'avoir laissé à la maison Bella, mon animal de compagnie, me gâchait un peu ce séjour de rêve dans les Alpes.

Ce matin-là, je n'avais pas fait la grasse matinée espérant pouvoir me joindre au premier groupe de promenade et voilà que je m'étais embarquée dans une longue conversation avec Léa.

Rencontre aussi inattendue qu'agréable, rencontre entre deux femmes apparemment si différentes. Léa était une personne jeune, extrêmement féminine. Ses longs cheveux blonds, ses taches de rousseur, son élégance naturelle alliance de simplicité et de bon goût, sa facilité à s'exprimer, tout cela m'enchantait. Comment une femme mignonne, avenante, affable avait-elle pu profiter de son passage au buffet pour aborder une femme aussi insignifiante que moi ? Cela m'était un mystère.

Autour de nous, il y avait tant d'autres personnes seules. La veille je n'avais eu d'yeux que pour un bellâtre italien qui, hélas, semblait fort réservé !

Léa et moi devions former un duo assez cocasse. Moi, polo blanc, jeans, cheveux coupés à la brosse, grosses chaussures de montagne, la cinquantaine. Elle, la trentaine et cette grâce et ce bagout dont je ne vous dirai que cela…

Léa utilisait parfois des expressions bizarres mêlant anglais, français et allemand. Quelquefois, je refreinais un fou rire face à tant de fantaisie. Je n'osai pourtant pas lui demander quelles étaient ses origines.

Le temps a passé. Léa et moi avions pris l'habitude de nous promener ensemble et nous étions devenues plus ou moins inséparables. Toutes deux, nous adorions les fleurettes, les points de vue sur la vallée. Toutes deux, nous apprécions les délicieux petits plats cuisinés à l'hôtel, le vin blanc et les fromages savoyards.

Un après-midi, nous nous sommes retrouvées à la piscine. Nous occupions des cabines voisines. Alors que j'étais déjà en maillot, je l'ai attendue devant sa cabine. Un bref coup de vent a ouvert la porte probablement mal verrouillée. Elle était déshabillée. Ce que je vis, rien que de l'évoquer provoque en moi tremblements et tachycardie. Ma gorge se serre encore en y pensant… Ce que je vis ? Des stries vertes sur son ventre et deux nombrils verts sous ses seins ! Un vert bizarre, un peu plus vif que celui des pommes "granny smith".

Léa referma vite la porte en disant "sorry". Quant à moi, je me rhabillai en quatrième vitesse et rejoignit l'hôtel au pas de course. Mon imagination vagabondait… J'avais l'intuition d'avoir échappé à un grand péril. Dieu sait comment Léa aurait pu m'utiliser un prochain jour si je n'avais pas découvert ce que je venais de découvrir ? Je demandai ma note prétextant une urgence familiale.

Plus tard, au volant de ma petite auto, je me souvins de tous ces mots que je ne comprenais pas, de tout ce vocabulaire exotique que je jugeais le matin encore amusant et moderne. Léa était décidément très différente de moi !

lundi 24 août 2009

Lazzi...

Durant six jours, du 17 au 22 août, j'ai participé aux Rencontres Pédagogiques d'été. J'y ai suivi l'atelier "clown et masque neutre" animé par Jacques Bury et Christian Wéry.

Je ne résiste pas au plaisir de vous offrir ce lazzi dont j'ai écrit le premier jet et qui a ensuite été peaufiné avec Bénédicte, ma délicieuse partenaire, sous la houlette de Christian Wéry.

Voici donc :

A : "Tu m'en veux ?"
B : "Non, je ne t'en veux pas."

A : "T'es sûre ?"
B : "Ben oui…"

A : "Même pas un peu ?"
B : "Si tu veux, un petit peu…"

A : "Tu vois, tu m'en veux…"
B : "Non, je ne t'en veux pas."

A : "T'es sûre ?"
B : "Ben oui…"

A : "Même pas un tout petit peu ?"
B : "Si tu veux, un tout petit peu…"

A : "Tu vois, tu m'en veux…"

Cela continue et la boucle est loin d'être bouclée...

Je vous laisse imaginer le cercle vicieux engagé, la tension qui monte de part et d'autre car cela dure un certain temps avant que de finir dans les pleurs et l'énervement.

dimanche 23 août 2009

Avouez que cela me sied !!!

mardi 7 juillet 2009

Coup de cœur

Le jury du concours de poésie de l'ASPH a eu un coup de cœur pour ces trois poèmes. J'ai donc le plaisir de les offrir à vous qui me lisez !


LE SECRET DES HEURES BLEUES


Tic tac, l’horloge pleure l’éphémère
Tandis que défilent les secondes.
Musique d’une aiguille qui mange le temps,
Confidence d’une solitude qui court après l’éternité,
Sans savoir que sa cause est perdue à jamais.

Tic-tac, tendresse et candeur.
Tic-tac, nudité d’une âme qui trottine.
Tic-tac, chaque instant se meurt à la fleur de sa vie.

Le cœur se noue et la mémoire se dénoue.
Comment penser le passé ?
Comment avoir encore vingt ans ?
Comment accompagner le temps qui vient ?
L’aiguille pareille à la canne d’un aveugle
Martèle un espace qu’elle ne voit pas.
Sur le cadran de l’horloge,
Demeurent les heures en miettes.



SOUFFLES DE VENT

Dans ma prison de vent,
Les parfums vont et viennent.
Les arbres tendent les bras
Pour cueillir la lumière.

Dans ma prison de vent,
Le temps danse et chante.
Instants volés pour se jouer
De la solitude.

Un peu de présences
Dans ce piège à silences.
Voix brisées, déformées
Qui éveillent la mémoire.

Dans ma prison de vent,
Le passé égratigné.



TOUR D’HORLOGE

Velours de matinée,
Après tant d’heures passées à l’attendre,
Un rayon de soleil à portée de main,
La cicatrice de l’or sur le miroir.

Soie du demi-jour,
Après un matin désinvolte et paresseux,
Un caillou aux formes douces.
Des éclaboussures de lumière sur l’eau.

Dentelle de nuages gris
Après une pause tranquille dans le ciel blanchâtre,
Couleurs suspendues à la pensée,
Prémices de crépuscule.

Satin du soir incarné,
Après un dernier élan, l’arbre devenu fantôme,
Point final du chemin,
La lune dans le ciel.

mardi 24 mars 2009

On n'est jamais si bien servie...


Il y a toujours des choses que l’on voudrait savoir à propos d’un auteur de livres. A fortiori quand il s’agit d’une amie !

Les journalistes spécialisés ont toujours tendance à poser les mêmes questions. C’est pourquoi Louis, mon mari, a eu l’idée de demander à de nombreuses personnes de notre entourage quelle question elles voudraient me poser.

À ma grande surprise, plus de trente personnes ont répondu à son appel. Bien sûr, certaines questions ont été posées plusieurs fois et certains de nos correspondants n’ont pas hésité à multiplier les questions…

Voici celles qui ont retenu notre attention et auxquelles je réponds le plus honnêtement possible.

Micheline (une condisciple d’humanité) :
Qu'est-ce qui ou qui est-ce qui t'a fait découvrir un jour que tu avais un don certain pour l'écriture ? Quel âge avais-tu ?
Micheline :
En cinquième puis en sixième primaire, l’institutrice demandait assez régulièrement d’écrire des rédactions. J’avais plus ou moins onze ans. Il s’agissait de sujets tels que ‘la cuisine de maman’, ‘entre chien et chat’, ‘une panne de voiture’. Ces sujets étaient développés, en classe, sur une ardoise, dans un silence quasi religieux alors que nous étions plus de trente élèves. La lecture de ces rédactions suscitait des éloges aussi bien à l’école qu’à la maison car je mettais beaucoup de vie dans ces petits tableaux. Ces textes étaient des sortes de mini nouvelles dont je n’ai gardé aucune trace, hélas, mais les encouragements reçus m’ont incitée à écrire pour le plaisir. Mes lecteurs étaient surtout des camarades de classe et mes parents. En 1963, j’avais dix-sept ans, j’ai participé à l’anthologie ‘Poésie -20’, réalisée par Pierre Coran. À cette époque, j’ai adressé aussi des poèmes au journal Le Soir qui, chaque semaine, consacrait une rubrique aux jeunes poètes. Un poème a été retenu. Être lu par les lecteurs d’un grand quotidien, c’était le rêve et ce rêve s’était réalisé...


Isabelle (une amie conteuse) :
Comment fais-tu pour écrire autant ?
M :
Un mot, une image, un bruit, un parfum que je fais résonner en moi et c’est parti sauf quand j’ai un souci domestique ou autre. Dans ce dernier cas, la page reste blanche ou presque. Le plus souvent, j’arrive à laisser courir mon imagination sans exercer de censure dans un premier temps. Il en résulte beaucoup de premiers jets que j’ai tendance à laisser en l’état… Le plus difficile, c’est de me relire encore et encore. En ce qui me concerne, corriger, c’est la partie la moins agréable de l’écriture.


Jo (une amie animatrice d’atelier d’écriture) :
Ma question concernerait la prise de notes. Où ? Quand ? Dans quelles circonstances ? Dans un petit carnet ? Sur des bouts de papier ?
M :
Les gens qui me connaissent savent que j’ai toujours à portée de main un papier et un crayon. Quand l’idée survient, je la note. Un simple ticket de caisse suffit parfois à écrire ce qui m’a traversé l’esprit. On ne sait jamais, toute idée est bonne à prendre, au supermarché, au restaurant, en rue… Dès que j’ai l’occasion, je tape quelques phrases sur le clavier de mon ordinateur pour ne pas perdre ce qui se cache derrière les quelques mots griffonnés sur le papier. Inutile de dire qu’il m’arrive de jeter par mégarde ou de perdre l’un de ces précieux papiers…


Geneviève (une ancienne collègue psychologue en PMS) :
Quel a été le rôle de ta vie professionnelle dans le développement de tes productions littéraires : un incitant, un frein... ou... rien du tout ?
M :
Parfois, une réflexion, une confidence d’enfant ou de parent me conduit à écrire un poème, une nouvelle ou un conte. Bien entendu, je déforme ce qu’on m’avait dit, je le situe, dans un autre contexte, je modifie la réflexion. Un exemple : un enfant de cinq ans m’a parlé de son intérêt pour l’origine des carnavals et peu après, j’ai écrit ‘Réveil printanier’. Un autre exemple : un adolescent m’a parlé de sa tristesse suite à la mort de son chien et cela m’a amenée à écrire un conte qui met en scène un vieil homme veuf et son chien.


Jean-Marie (mon beau-frère) :
Quand tu commences à écrire un conte ou une nouvelle sais-tu à l’avance comment cela finira ou bien te laisses-tu guider par ton imagination ?
M :
Le plus souvent, je me laisse conduire par mes personnages. Je ne sais donc pas d’avance comment cela finira. Cela dépendra des rencontres que feront mes personnages et ces rencontres me sont plutôt inspirées par ce que la vie m’offre (une belle photo dans un magazine, un mot entendu qui fait des ricochets, le souvenir d’une chanson ancienne…) Parfois encore, la réflexion d’un lecteur qui a lu certaines de mes histoires, me pousse à aller dans une direction plutôt que dans une autre (par exemple : si un lecteur me dit qu’il apprécie quand je suggère une fin indécise ou qu’il a aimé telle nouvelle où la fin est plutôt noire !)


Évelyne (une amie de l’impro) :
Comment naissent tes histoires ?
M :
Mes histoires naissent du quotidien. Un exemple : un éclat dans le bois d’une porte suite à un cambriolage à la maison m’a conduite à écrire la rencontre entre une dame et un réparateur, ce réparateur ayant ce don de s’incruster qu’avait manifesté, chez une amie, un plombier que je connais. Le coup de foudre ressenti à la vue des jardins de Villandry m’a entraînée à me documenter à leur sujet et à développer une histoire qui se passe là-bas. Il suffit de petits riens pour que mon imagination s’emballe…


Bob (un ami écrivain et libraire) :
Peut-on être une petite fille curieuse de tout et un peu polissonne dans sa tête et une dame respectable, raisonnable et bardée de diplômes dans la vie ?
M :
Comme en tout individu, il y a de nombreuses facettes en moi. J’ai en moi une part enfantine à l’enthousiasme facile, un peu facétieuse, un tantinet joueuse et cette part se manifeste dans ce que j’écris.


Thérèse (une amie des ateliers d’écriture) :
Comment fais-tu pour avoir autant d'imagination tout en traitant des préoccupations quotidiennes ?
M :
J’envisage plusieurs issues possibles aux problèmes rencontrés au jour le jour. L’issue sera, en effet, différente selon l’humeur de départ du personnage dont je parle, selon les événements qu’il a pu vivre, selon les embûches qu’il va rencontrer, selon l’endroit où il va devoir faire face… Cela m’amuse d’imaginer, par exemple, ce qui va arriver si un invité laisse une brûlure de cigarette sur une belle nappe en lin.


Gérard (un ancien collègue psychologue en PMS) :
Que représente pour toi l'écriture ?
M :
L’écriture est mon loisir favori. C’est une activité qui m’est nécessaire. Elle permet à la fois de m’évader, de faire rêver, de surprendre, de remettre en question.


Olivier (un ancien de l’impro – metteur en scène) :
Tes qualités aujourd’hui connues et reconnues t’ont ouvert bien des portes. Chacun sait qu’il est difficile, d’abord d’oser imaginer présenter son œuvre à un éditeur, ensuite, de faire les démarches vers cet éditeur, d’y être reçue afin de défendre son bébé et enfin d’être éditée. Avec ta sensibilité, qu’est-ce qui a été le plus difficile ? Comment as-tu osé faire publier ton 1er livre ?
M :
L’écriture est un moyen de faire passer des ‘messages’ comme ceux-ci :
- Plusieurs chemins peuvent conduire là où l’on désire aller,
- Chacun perçoit son environnement d’une manière différente de celle de son voisin,
- Il est, la plupart du temps, possible de rendre sa vie plus agréable et de faire un meilleur usage de ses talents.
Faute de grands discours, je tente de faire passer mes idées par l’écriture. Je vis ainsi une sorte de tête-à-tête avec le lecteur.
Comme la plupart des auteurs, je crois, j’aime être lue. J’ai recours à tous les supports possibles pour arriver à ce but : blog, sites, journaux publicitaires, livres.


Louis :
Peux-tu nous parler de ton prochain livre ?
M :
Celui qui doit sortir cette année est un recueil de nouvelles intitulé « Nouvelles à fleur de peau ». Ces histoires mettent en situation des personnes très sensibles qu’un petit rien amène parfois à déraper mais aussi des personnes qui font face à leurs peurs, à la solitude, à la maladie, à la retraite, à des rencontres inattendues.

jeudi 26 février 2009

Un cadeau...

EN MOI…

Je porte en moi,
Un paysage de fleurs,
C’est là que je voyage
Pareille à une enfant.

Je porte en moi,
Une ville aux venelles ombragées,
C’est là que je m’abrite
Des coups de vent et des intempéries.

Je porte en moi,
Un cahier d’écolier usé et joyeux,
C’est là que j’écris
Pour tourner le dos à l’oubli.

Je porte en moi,
Un rideau d’illusions,
C’est derrière lui que je vis
En marge de la mélancolie et du froid.

mercredi 18 février 2009



Un bel article rédigé par Pierre Dejardin est paru aujourd'hui dans "Vers l'avenir", édition "Entre Sambre et Meuse".

Cet article concerne mon dernier livre "Nouvelles entre chien et loup" et retrace aussi ma "carrière".

Pierre Dejardin m'avait rencontrée il y a un peu moins d'une semaine. Il venait alors de terminer la lecture du recueil. Il avait dégagé ce qui lui paraissait le plus caractéristique de mon inspiration, de mon écriture et des thèmes abordés.

L'article peut être lu sur le site du journal. Voici le lien :

http://www.actu24.be/article/regions/provincehainaut/infoshai/nouvelles_entre_chien_et_loup/254795.aspx

Je suis ravie d'avoir grâce à cet article ainsi l'occasion de me faire connaître davantage. Un petit peu de pub ne fait jamais de tort n'est-ce pas ?

vendredi 13 février 2009

Un petit poème


L’ENFANCE DE L’ART

Lire dans les arbres morts,
Dans les lignes du ciel,
Dans les nuages fugueurs.
L’enfance de l’art !
Jouer l’avenir,
À la roulette, à la boule, aux dés.
Mêler les cartes.
L’enfance de l’art !
Les mots sont des vagues
Qui charrient des images
Et les ombres sont des personnes
Qui habitent ma mémoire.
Lire dans une tache,
Dans une flaque d’eau,
Dans la poussière.
Jouer l’avenir
Aux billes, au black jack, au poker.
Battre les cartes.
L’enfance de l’art !
Les mots passent
Dans la fumée des cigarettes
Et s’écrivent dans le marc de café.
Les idées font des ricochets
À la surface des paroles
Et les silences
Prennent couleurs des souvenirs.
Distribuer les cartes.
L’enfance de l’art.
Au fond de l’ennui
Dorment des histoires
Et derrière la muraille
Se fait le deuil de l’idée perdue.
Lire dans les branches cassées,
Dans les cendres,
Dans les nuages au galop.
L’enfance de l’art.

dimanche 21 décembre 2008

Le voici donc ce fameux texte retenu par le Jury du concours de contes de Surice !

Si vous désirez en savoir plus sur notre prestation, rendez-vous sur Facebook, c'est bien trop long à expliquer ici !

LA PERSÉVÉRANCE DE JEANNETTE

Son mari à peine parti pour de longues journées de pêche, une femme tombe malade. La voilà tout à coup fiévreuse, somnolente, affaiblie, incapable de faire un pas sans se tenir à un meuble ou à un mur. Dans un court moment de pleine lucidité, elle appelle Jeannette, sa fille unique.

« Jeannette, mon poussin, va me chercher une petite cruche d'eau à la source du hameau voisin. Il paraît que boire de cette eau rend la santé aux plus faibles. Fais vite et ne te laisse pas distraire. »

Selon son habitude, Jeannette ne se laisse pas rebuter par la tâche. Il lui faut juste rapporter de l'eau de la source située à environ un kilomètre. Une corvée banale, aisée pour une fillette de douze ans, robuste et dynamique. Jeannette marche donc jusqu’à la source, elle y remplit la petite cruche de porcelaine qu'elle a emportée. Sur le chemin du retour, Jeannette sautille joyeusement. N'a-t-elle pas trouvé l'eau miraculeuse qui guérira sa mère ? Mais voilà qu'elle trébuche sur un mauvais caillou. Jeannette garde l'équilibre. Cependant, la cruche tombe et se casse, l'eau se répand sur le sol. Qu'importe, pense Jeannette, je repartirai avec une cruche d'étain.

Sitôt rentrée, elle se confie ainsi à sa mère. « Maman, la cruche est tombée et s'est cassée. Permets-moi de prendre une cruche d'étain. Ainsi, il ne m'arrivera plus d'accident. »

Jeannette repart donc, plus vive qu'une pie. Elle arrive à la source, remplit sa cruche d'étain et s'en revient chez elle. Mais survient une soif si grande, si rare, si impérieuse, qu'à proximité de sa maison, Jeannette ne peut s'empêcher de boire un peu d'eau de la cruche.

Quand, rentrée chez elle, Jeannette tente de verser un peu d'eau dans un verre afin de le porter à sa mère, elle s'aperçoit que la cruche est tout à fait vide. Plus le moindre filet d'eau. Jeannette secoue énergiquement le récipient. Rien. Pas la moindre goutte… Pourtant, Jeannette se souvient avoir juste bu une simple gorgée du précieux liquide. Elle s'est à peine rafraîchie alors qu'elle avait une si grande soif !

« Maman, l'eau s'est évaporée de la cruche. Je m'en vais retourner là-bas avec une cafetière métallique munie de son couvercle. Ainsi, je serai à l'abri de tout accident. »

Jeannette s'en repart aussitôt. Elle vole plus qu'elle ne marche. Elle chantonne. Jamais une bonne idée ne lui fait défaut. Jeannette atteint la source, remplit la cafetière et s'en revient chez elle. Soudain, surgit une femme vêtue de noir. « Je t'ai vue remplir la cafetière. Donne-moi à boire, mon enfant. En échange, je t’offre ce bracelet d'or qui rend fort celui qui le porte. » Jeannette sûre de contenter à la fois sa mère et la femme, accepte le marché.

Sitôt l'échange réalisé, elle glisse le bracelet à son poignet. A pas de géant, elle revient à la maison. La cafetière ne pèse à présent pas plus qu'un petit pois. Jeannette chante et son chant remplit la nature tout entière comme celui d'un ténor.

Jeannette un peu gênée de la métamorphose de sa voix, se confie de nouveau à sa mère. « Maman, je n'ai point d'eau. Mais j'ai un bracelet qui te donnera plus de force que tu n'en as jamais eu. » Jeannette passe le bracelet au poignet de sa mère qui se relève prestement, alors un tel tournis la prend qu'elle manque de s'effondrer à chaque pas.

« Jeannette, va me chercher de l'eau à la source. Surtout, laisse le bracelet ici de crainte qu’un brigand te le vole ! » La voix de sa mère est grave, le ton est impératif pareil à celui de quelque génie.

Jeannette s'en repart donc. Elle est épuisée par tant de route. Elle avance à grand peine. Plusieurs fois, elle trébuche. Plusieurs fois, elle laisse tomber la cafetière. Quand enfin elle atteint la source, il fait presque nuit, elle a faim et soif, elle a mal aux pieds. Puisque l'eau est supposée avoir de tels pouvoirs, Jeannette en verse un peu sur ses pieds. Elle espère un soulagement immédiat. La douleur ne s'apaise pas, au contraire. Jeannette boit alors l'eau de la source, elle en boit et boit encore jusqu’à s’en trouver enivrée. Elle s'endort là sur les pierres, au pied de la source.

Au petit matin, quand elle se réveille, Jeannette lève les yeux et est émerveillée. Des fleurettes ont poussé tout autour de la source. Des papillons tournoient. Elle reconnaît, assise auprès d'elle, la femme vêtue de noir qu'elle a rencontré la veille.

« Lave-toi mon enfant, bois de cette eau et remplis la cafetière. Tu m'as secourue hier, je vais t'aider à mon tour. » Et la fillette grimpée sur les épaules de la femme rejoint la maison de sa mère. A peine celle-ci boit-elle l'eau de la cafetière qu'elle retrouve santé et équilibre.

Quant au bracelet, ce fut le père de Jeannette qui le porta, pour remonter plus facilement ses filets remplis de poissons !

vendredi 19 décembre 2008

Une bonne critique...

Voic la critique de mon dernier livre "Nouvelles entre chien et loup" que je viens de recevoir de Daniel Plasschaert, un autre auteur de Chloé des Lys et qui avait acheté mon livre à Tournai la Page.

Merci Cher Daniel pour les gentilles choses que tu en dis !

"... Entre rencontres inattendues ou espérées, attendues et rêvées. Entre bancs et fontaines, chambres d'hôpitaux et tables de restaurants, les personnages de ces nouvelles posent des questions au lecteur; une de ces questions parle de la fragilité du bonheur et du destin.

En un instant, tout peut basculer dans une vie. Dans un sens comme dans un autre, il suffit d’un regard, d’un objet, d’une attention qui se porte sur un détail insolite, d'un rayon de lumière, d'une toute petite décision prise au début de la journée.

À la lecture de ces nouvelles, on est tenté de jeter un pont entre elles et sa propre vie. On découvre des liens, des similitudes ou on les invente, on se revit en miroir, on pénètre dans le récit, on en fait partie. Quelquefois nous vient l’impression de suivre tel ou tel personnage, dans la rue, dans un parc, on s’assied à sa table, on l'écoute parler ou penser. On anticipe ses réactions, on l’observe et l’on suit le cheminement de ses sentiments.

J’ai croisé Simenon dans ces atmosphères, certaines descriptions. Ce n’est pas Simenon, c’est sa compagnie discrète, en arrière plan. Comme s’il rêvait que ces petits tableaux psychologiques puissent devenir des intrigues. On n’en est pas loin.

L’un ou l’autre de ces personnages n’aurait-il pas des intentions cachées ? On ne le saura peut-être jamais. Où alors c’est à nous de pousser l’écrivain à devenir détective, oui, détective des âmes... "

mardi 2 décembre 2008

Pour les curieux...


Voici la préface que mon formateur en PNL, Jean-Luc Hoster, a bien voulu écrire pour "Comment rendre votre quotidien plus plaisant ? Avec la P.N.L." :

J'ai accompagné Micheline dans son trajet de formation à la PNL.

Je lis son livre, je pense à elle, je la vois, je l'entends. Elle est discrète. Elle interroge. Micheline veut comprendre, comprendre tout.

Curiosité. Bouche grande ouverte. Elle note, elle travaille ses notes, elle les distribue généreusement aux autres participants. Partage.

Certains utilisent la voix pour enrichir un groupe ou un monde, d'autres la danse, la peinture, la poésie. Micheline a choisi l'écriture. L'écriture comme véhicule, comme moyen de transport.

Elle embarque les voyageurs sur des phrases courtes, des phrases qui se relient, qui deviennent des histoires. Les voyageurs sont accueillis, pris en main, ils en oublient leur escale tant ils sont pris par la narratrice qui décore le réel avec bienveillance.

Micheline conduit ses pèlerins du cœur vers l'autre rive. Micheline est une passeuse, elle fait passer les gens. C'est aussi sa manière à elle de passer.

Sur cette autre rive, un fanion : Micheline a écrit trois mots : "respect - ouverture - bienveillance".

Le voyageur attentif entend dans le murmure du feuillage, un oiseau chanteur qui entonne délicatement les mots que Micheline met en musique : "la vie est belle, tu la construis..."

Après une approche structurée et rigoureuse où Micheline présente la PNL et certaines de ces applications, ce livre nous invite à l'expérimenter au quotidien.

jeudi 23 octobre 2008

TESTAMENT


Tout ce que j’ai tenu un instant dans les mains :
Voiles de brumes et silences amnésiques,
Halos de regrets et parfums défigurés,
Vagues de vent et images blessées.
Tout cela, illusion d’un matin ou d’un soir.

Tout ce que j’ai tenu dans mes paumes :
Les chants perdus de l’été,
Les aiguilles sur le cadran rouillé,
Les secondes nourries de chimères,
Les neiges délayées des après rendez-vous,
Les larmes, les craies de couleur,
Les cailloux veinés de blanc.
Tout cela, souvenirs et zestes de temps.

Tout ce qui s’est trouvé au bout de mes doigts :
Dragons de papier,
Ombres chinoises,
Feuilles mortes,
Morceau d’écorce.
Tout cela inutiles grigris,
Toboggan vers une enfance morte.

Tout ce que j’ai gardé dans mes mains fermées :
Tourbillons de baisers pareils à des papillons instables,
Mots d’amour murmurés,
Caresses hésitantes,
Cœur étourdi.
Tout cela secret, feu éteint à jamais.

Tout ce que j’ai tenu dans mes mains tremblantes :
Visage boursouflé par le chagrin,
Corps meurtri,
Corps brûlant,
Corps inerte.
Tout cela accident du désir, panne de bonheur.

Tout ce que j’ai saisi entre le pouce et l’index :
Premier cheveu gris,
Première cigarette,
Bout de ficelle dorée,
Bout de dentelle déchirée.
Tout cela, usure du temps, promesses avortées.

Tout ce que j’ai gardé dans mes mains :
D’autres mains,
Une boule de cristal, un carnet,
Un crayon ordinaire, une bague.
Tout cela, parenthèse de joie
Et vanité des vanités face à la grande faucheuse.

L’ENFANT POURPRE


L’enfant pourpre, l’enfant à l’écharpe pourpre et aux chaussures pourpres, allongé sur le banc, fixe le toit de verre de la salle des pas perdus. L’enfant somnole peut-être. Sa mère assise à ses côtés passe la main sur le front chaud. Visage crispé, elle porte le masque des douleurs contenues. Sa peau est pâle, ses yeux sont noirs, immenses et vides. Elle pense à ce fils qu’elle a perdu, que des voyageurs ont retrouvé mort dans les toilettes de cette gare. Elle revoit cet autre enfant, celui qui a été victime d’une overdose, celui qui ne faisait que rêver sa vie.

Chaque jour, la mère emmène l’enfant pourpre au même endroit. Elle s’assied sur le même banc, regarde les gens qui vont et viennent, soupçonne l’un ou l’autre sans avoir jamais de certitude. Le soupçon naît si vite, de petits riens, d’une casquette mal posée, d’un jeans trop délavé, de mains trop enfouies dans des poches, d’un petit paquet qu’elle devine caché à l’intérieur d’une veste.

La mère le voit s’approcher, blouson en jeans, barbe de trois jours, mains dans les poches. Elle le voit et croit le reconnaître. Ce visage-là, anguleux et gris, cette marche-là, lente, mécanique ont pour elle quelque chose de familier.

La mère se lève, prend la main de l’enfant pourpre, dit : « Debout mon poussin. Suis-moi. » L’enfant et sa mère quittent la salle des pas perdus, s’aventurent sur le quai numéro un, prennent l’escalator, s’avancent dans le souterrain et montent l’escalier qui mène à la voie douze.

Sur le quai, il n’y a que trois personnes. La mère ne voit que lui, le jeune en jeans, elle ne le quitte pas des yeux. Il fait les cent pas à quelques mètres d’elle. Au lointain, dans une longue plainte un train freine avant de heurter un butoir. Elle se retourne et cherche à voir d’où vient ce bruit. Bref instant de distraction. Quand elle veut de nouveau observer le jeune homme en jeans, elle remarque qu’il s’est approché d’une jeune fille blonde et lui dit quelques mots. Cela se passe très vite. En s’éloignant du garçon, la blonde fourre quelque chose en poche.

L’enfant pourpre tire sur la jupe de la mère qui n’y prend garde. Elle maudit tout à la fois le train et le butoir et sa curiosité. Elle maudit la terre entière et Dieu qu’elle a supplié en vain de l’aider à faire justice.

L’enfant pourpre s’est baissé, il tripote entre ses doigts un morceau de papier rose, parvient à en extraire un bonbon jaune qu’il porte à la bouche et commence à le mâchonner. Il lève les yeux vers le ciel et bredouille : « Oh le cerf-volant… » mais la mère ne réagit pas. Son regard n’arrive plus à se détacher du jeune homme. Elle donnerait tout son avoir pour savoir ce qui s’était passé entre lui et la fille blonde. Pour elle, il n’y avait que cela qui importait. Un fâcheux bruit l’a détournée de l’objet de son obsession et elle s’en veut.

L’enfant pourpre a trop chaud. Son visage ruisselle de sueur, il agrippe la main de sa mère en bafouillant : « Maman, j’ai mal au ventre ! »

Aucune réaction de sa mère qui ne cesse de regarder le jeune homme. Au fil des minutes, ses soupçons deviennent certitudes. Ce jeune homme ne peut être que le dealer qu’elle attendait. Cette fois, elle a juré de ne plus se laisser distraire. À l’horizon, dans l’entrelacs de rails, pointe un train. Du haut-parleur s’échappe une information : « Attention voie douze l’international… » La mère sait ce qu’elle doit faire. Elle laisse l’enfant pourpre tremblant et malade après lui avoir dit : « Reste ici. Sois sage ». Elle va se placer à proximité du jeune homme. Quand le train s’approche, elle pousse violemment le jeune homme qui tombe sur la voie sans même émettre un cri.

Mort pour mort, crime pour crime. C’est cela sa justice maternelle…

Allongé sur le sol du quai, l’enfant pourpre fixe le ciel où les nuages ont forme de cerf volant, d’anges et de dragons…

Son forfait accompli, la mère rejoint l’enfant pourpre. Elle s’accroupit près de lui, caresse son front, murmure « Lève-toi mon poussin. Lève-toi ».

L’enfant reste immobile, un sourire figé au bord des lèvres. Dans cette gare, elle aura tout perdu.

mardi 16 septembre 2008

VOYAGES PARALLÈLES

Ô ma Solange, tu m’as quitté. Tu viens de me déposer au Centre d’Accueil Temporaire « Les Lilas ». Dès que je suis sorti de la voiture, j’ai été happé par les odeurs. Les jardins qui entourent la grosse villa embaument la rose et l’herbe coupée. D’un coup, je retrouve quelque chose de ma jeunesse. Le grand parc près de la maison de grand-père, les gazouillis d’oiseaux, les parfums de lys, d’œillets, de lavande. Te souviens-tu de ce parc où nous avions posé pour les photos de nos fiançailles ?

Ainsi, ma Solange, tu m’abandonnes aux mains d’infirmières, tu me laisses en compagnie de personnes peu ou prou handicapées. Aux « Lilas », on accueille des gens qui sont, comme moi, incapables de vivre seul. D’après le docteur Maret, je présente des signes de démence sénile. Je suis juste un peu plus angoissé que je ne l’ai été durant toute ma vie active et j’ai juste quelques petites pertes de mémoire, ma Solange. Rien de plus, je te l’assure.

Solange, ma Solange, tu es en route pour l’Italie avec ton amie Jeannette. Tu as pris la décision pour moi : « Changer chaque jour d’hôtel, c’est impensable pour toi. » Tu t’es excusée : « Tu sais, j’ai besoin de changement. Une semaine de vacances, ça passera vite ! »

Il est midi, ce vingt-cinq août. Je vais prendre mon premier repas aux « Lilas ». Dans la salle à manger, les tables sont dressées. Nappes en coton blanc damassé, assiettes blanches décorées de fruits rouges, soliflore garni d’une rose rouge sur chaque table. Une vraie salle de restaurant, ma Solange !

Il est midi. On nous sert un apéritif sans alcool, un bitter, accompagné de petits légumes au vinaigre. Un régal, ma Solange.

Ton Pierre goûte à ces bouquets de chou-fleur croquants et parfumés, à ces lamelles de poivrons, à ces carottes ! Ton Pierre est attablé en compagnie de Marguerite, une petite vieille élégante en chaise roulante, qui sent le patchouli comme ta cousine Léa et aussi de Christophe, un homme encore jeune qui s’est fracturé les deux jambes.

Après cet apéritif, ma Solange, on nous sert un minestrone. Il dégage un tel fumet, ma Solange, que cela te mettrait sûrement l’eau à la bouche. L’ail et le basilic, la poitrine fumée, tu sais, ces ingrédients que tu y mets chez nous.

Une pause d’une demi-heure. Rien que du bonheur quand Marguerite essuie ses lèvres à la serviette. Au patchouli se mêle un parfum de vanille. Cette femme émet des « hé bien » qui ont l’élégance des répliques d’Edwige Feuillère. Christophe nous raconte son accident de ski nautique. Un casse-cou, ce Christophe. À quarante ans, on se croit invincible. À soixante-neuf, comme moi, on s’angoisse. À quatre-vingt-huit comme Marguerite, on se laisse vivre.

Deux cannellonis aux pleurotes et canard. Ah, cette farce, ma Solange. Cette farce, ses effluves de persil. Sentir puis goûter. Laisser fondre en bouche le canard, la pâte, le morceau de pleurotes. Se taire. Regarder briller le regard de Marguerite. Voir sourire Christophe, le voir joindre pouce et index. Le bonheur de manger multiplié par trois. La lenteur devenue recette du plaisir. La vertu du bien manger ! Rien qu’un peu de Mozart. Rien que des saveurs et des parfums. Je ferme les yeux, ma Solange.

Le docteur Maret a conseillé de me suralimenter. La bonne consigne ici, crois-moi.

Nos assiettes sont vides. Marguerite bavarde. J’entends « galettes, fruits de mer, fromage, pommes, vanille, cidre… » Les paroles de Marguerite m’emmènent ailleurs. Je suis repu. Je pense à la Bretagne. Je revois la mer sauvage qui s’emporte contre les folies humaines. Je sens le sel sur tes lèvres, ma Solange.

Dans un petit ravier, un tiramisu. L’onctuosité du mascarpone, la touche d’Amaretto. Le pouce et l’index de Christophe joints. Une pose cocasse pour un sportif comme lui !

C’est d’un drôle, mon cœur.

« Thé ou café ? » « Café » Tu vois, moi aussi ma Solange, j’ai fait un petit voyage. Ce soir, ce sera tomates mozzarella, ciabata, pastèque. Christophe est au courant des menus. « J’ai deux moyens de m’évader d’ici. M’imaginer dans la salle de musculation que je fréquente habituellement deux fois par semaine et repenser aux endroits où j’ai déjà dégusté les plats qu’on nous prépare ici. Sans ça, quatre semaines ici, ce serait vraiment dur. »

Je vais jusqu’au petit salon. Je m’assoupis, ma Solange. Me viennent des images du lac de Garde, de Venise, de Milan. Je suis avec toi, mon cœur…

dimanche 17 août 2008


VIE DE MARBRE CONTRE VIE DE CHAIR

Il neige sur Paris. Il neige sur le petit parc, sur les bancs, sur les arbres, sur les gravillons, sur l’herbe, sur la statue de l’ange qui se trouve au milieu de la pelouse. Les flocons tombent sur la ville. Ainsi s’éloignent les pas du temps…

Sous des apparences paisibles, l’ange grelotte. Impossible pour lui de rester là plus longtemps.

L’ange de marbre s’en va. Ainsi s’éloignent les pas du temps, ainsi s’en vont du fond de la mémoire, à un rythme mesuré, les souvenirs les plus anciens.

L’ange de marbre a décidé de s’éloigner à jamais. La neige et le froid piquant qui engourdissait ses membres ont eu raison de sa patience. Il ne reviendra pas. Il ôte ses ailes, il les dépose délicatement sur un banc. Il va voir ailleurs, il va chercher un peu de chaleur, un peu de tendresse.

Il avance vers la grille. Il franchit la porte d’entrée. Il aperçoit le bar. Il voit les lumières dorées qui habillent la salle. Il entend la musique. Il regarde à la fenêtre. Il remarque le pianiste qui joue au fond de la salle.

L’ange de marbre entre dans le bar. Les vieux joueurs de carte, le pianiste, le barman, le facteur, les employés qui prennent leur petit noir serré au comptoir, personne ne lui prête attention. Il se dirige vers le vestiaire. Il enfile une veste grise qui pend au portemanteau juste à droite. Il passe les doigts dans ses cheveux, il se tapote les joues. Il se réchauffe. Il reste là, face au miroir.

L’ange de marbre se regarde. C’est la première fois qu’il se dévisage. Il se trouve beau, désirable et même tout à fait charmant. Pourquoi sacrifier sa vie comme il le fait ? Pourquoi rester sur un socle, subir les outrages des pigeons, recevoir les boules de neige que lui lancent les enfants ?

L’ange de marbre hésite. Il voudrait voyager mais où aller ? Il se retourne. Il entrouvre la porte. Il jette un coup d’œil à la salle. La musique monte, les voix se font plus insistantes.

"Tu es distrait Alphonse !"

"Pourquoi n’as-tu pas joué ta dame de cœur plus tôt ?"

"Oh, c’est bientôt Saint Valentin, notre Alphonse est amoureux.

Les rires transpercent le cœur de l’ange.

Amoureux… Amour… Amourette… Cupidon…

L’ange de marbre remarque la Joconde sur les cartes à jouer. Un visage reproduit un nombre incalculable de fois. Le pouvoir de la beauté et celui de l’art à travers les siècles. Il regrette un peu de n’avoir pas eu cette envergure-là…

Dans le petit parc, un jeune homme fait les cent pas. Sa correspondante lui avait fixé rendez-vous au pied de l’ange. "Tu verras, ce n’est pas difficile, il n’y en a qu’un", lui avait-elle dit au bout du fil. Le jeune homme avait rêvé. Elle l’avait envoûté avec les mots tapés sur le clavier de son ordinateur, elle l’avait charmé avec sa voix. Il était impatient de la rencontrer.

Le jeune homme regarde partout. Aucun ange sur un socle ! Rien qu’un socle sans statue !

La jeune fille était venue jusqu’au petit parc. À travers les grilles, elle avait cherché l’ange du regard. Il avait disparu. Elle n’avait su que faire. Elle avait oublié le numéro de portable du jeune homme. Elle avait pris de l’avance, il lui restait presque une demi-heure à attendre. Elle est entrée dans le bar. Elle s’est assise près de la fenêtre, a commandé un chocolat chaud et s’est laissée séduire par la musique en faisant abstraction des secondes qui s’écoulaient…

L’ange regagne la salle. Il observe la jeune fille près de la fenêtre. Il lui sourit. Il s’assied en face d’elle. Il lui dit ce qui lui vient car il n’a pas appris à parler aux femmes. Il lui dit qu’il la trouve jolie, qu’elle a de beaux yeux bleus, que son écharpe rouge lui sied à merveille, qu’il adore cette musique, qu’il fait chaud dans le bar, qu’il voudrait y rester longtemps encore à ses côtés. Les paroles de l’ange sont délices. La jeune fille l’écoute. Elle en oublie le jeune homme.

Les minutes passent. Ainsi s’éloignent les pas du temps en petits mots, en petits sourires.

Dans le parc, le jeune homme grimpe à grand peine sur le socle inoccupé. De là-haut, il observe la façade du bar, les pas dans la neige, les arbres dénudés. Il se désole. Il espère qu’elle va venir.

L’ange de marbre parle, parle, parle, parle avec la jeune fille. Il rattrape les instants perdus en silences. Ainsi naissent les histoires d’amour.

Plus tard, la jeune fille emmène l’ange dans un petit restaurant à l’autre bout de la place. Ils s’en vont en se tenant la main. Ils passent à travers le parc et ne jettent pas un regard vers le jeune homme de marbre sur le socle de pierre. Ainsi s’éloignent les pas du temps. Ainsi s’en vont les amoureux, ils marchent sur les étendues blanches comme s’ils marchaient sur une plage déserte. Ils s’enfoncent dans le temps comme s’ils étaient devenus éternels.

Ainsi se solidifient les chagrins, les déceptions, les regrets, les joies, les plaisirs, les désirs dans la chair de la mémoire.

Transformation, transmutation, transfiguration. Ainsi avait fait un artiste en sculptant le marbre. Ainsi fait le temps qui métamorphose jusqu’au cœur des pierres et jusqu’aux esprits aveuglés par la passion.

jeudi 29 mai 2008

Grandir

« Le petit Juju !!! »

Combien de fois, Julien n’a-t-il entendu ces trois mots qui le font souffrir ? À la maison, à l’école, au club de football, on se plaît à l’appeler ainsi, à enfoncer le clou. Il le sait bien, Julien, qu’il est petit, un peu trop petit pour ses huit ans. Il n’y peut rien car, voyez-vous, s’il savait que faire pour grandir, il le ferait.

Il réfléchit souvent à la question. Il mange sa soupe même celle aux poivrons ou aux endives, des légumes qu’il n’apprécie pas.

Un jour, il a même lu un article dans un magazine féminin où on expliquait aux femmes quelles astuces employer pour paraître plus mince, plus grosse, plus petite ou plus grande mais Julien n’allait quand même pas mettre des talons aiguilles ou porter des jupes !

Pourtant, tous les matins Il s’étire longuement et dès qu’il en a l’occasion, il n’hésite pas à se suspendre aux branches du cerisier.

Un mercredi, sa mère et sa tante Claire parlent ensemble tandis que Julien joue sur sa console de jeux. Une chance, Julien saisit quelques bribes de leur bavardage : « Il paraît, figure-toi, que l’herbe et les plantes grandissent la nuit. »

« Ben oui, j’ai déjà entendu ça aussi. D’ailleurs, c’est souvent de bon matin, en jetant un premier coup d’œil au jardin, que je me rends compte qu’il faudrait tondre… »

Hé oui ! Et si les enfants étaient comme les végétaux, s’ils grandissaient la nuit ? En voilà une idée : allonger ses nuits, pour grandir davantage…

Ce soir-là, dès vingt heures, Julien se met à bâiller. « Hum, je suis fatigué. Je vais me coucher. »

« T’es pas malade au moins ? »

« Mais non, Maman, j’ai beaucoup couru au cours de gym… »

Voilà chaque soir, le même type de scénario se reproduit. Une demi-heure de plus dans son lit, l’espoir de grandir plus vite. Fini de mendier quelques minutes pour finir un dessin, regarder la télévision ou une cassette.

Plus question non plus de laisser les tentures de sa chambre entrouvertes. Tous les soirs, Julien s’assure même que celle de gauche recouvre un peu celle de droite ! Pour lui, l’obscurité doit être totale dans sa chambre pour ne pas compromettre le résultat attendu !

Vers l’âge de dix ans, Julien s’est mis à pousser comme un champignon. On a continué à l’appeler Juju, mais de moins en moins souvent « le petit Juju ».

Je ne sais pas si l’accélération de sa croissance est un effet des nuits un peu plus longues que s’offrait Julien mais vous pouvez raconter cette histoire vraie de vraie aux enfants qui rechignent à aller se coucher !