vendredi 26 avril 2013

Traduttore, traditore ?

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Un texte de l'atelier d'écriture

Elle agitait les mains, on aurait dit deux oiseaux. Ses yeux souriaient.


Il la regardait traduire ainsi les paroles du guide. Il avait envie de répondre aux doigts qui se croisaient, aux bras qui s'avançaient, aux phalanges qui se pliaient. Du bout de l'index et du majeur, il lui envoya un baiser.


Après la visite, il fut le dernier à passer devant elle. Il l'invita à boire un café et elle accepta. Elle lui parla davantage avec des gestes qu'avec des mots. C'était comme une habitude chez elle.


Il n'avait pas encore appris à dire "je t'aime" dans le langage des signes mais il y parviendrait un jour, il en était certain. Il s'en donnerait le temps.


samedi 6 avril 2013

L'Avenir parle de nous...


On parle de nous dans le journal...

Pour fêter les sorties de deux de nos livres, Pierre Dejardin a écrit un bel article dans "L'Avenir" : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130311_00280167

Que l'on se rassure dans les chaumières, ni Louis ni moi n'avons l'intention de dormir sur nos lauriers.

Nos prochains livres paraîtront en fin d'année !

mardi 5 mars 2013

BOOMERANG


Lison fête ses 8 ans…

Un jour, un cadeau, une rencontre… Le cœur de Lison bat très fort lorsque son grand-père lui tend le paquet. Un joli papier d'emballage avec des papillons bleus sur fond rouge feu. Lison découvre son cadeau : un boîte en carton… Sitôt enlevé le couvercle, elle l'admire pour la première fois. Lui, le cochon en porcelaine jaune garni de quelques marguerites.

"C'est une tirelire, ma chérie. J'espère que tu y mettras beaucoup de petites pièces et que tu pourras alors acheter le lit-bâteau dont tu rêves."

"Merci Papy !"

Lison tourne et retourne l'objet dans tous les sens. Son regard est surtout attiré par la large fente sur laquelle elle passe inlassablement le doigt. Elle secoue la bête mais aucun bruit ne vient.

Sa grand-mère l'appelle : "Viens ma Lison, je vais te donner une pièce pour commencer à le garnir." Lison prend les 50 francs, donne un bisou à sa mamy. Elle serait bien tentée d'utiliser cet argent à l'achat de bonbons mais voilà son grand-père a dit qu'il fallait remplir la tirelire.

Les jours passent. Lison regarde plus souvent le sol que le ciel. La moindre piécette est destinée au cochon et elle en trouve des piécettes Lison ! Comme elle aime le bruit de la monnaie qui s'entrechoque. Comme elle aime sentir la petite bête jaune qui s'alourdit au fil du temps.

Il n'est plus question de se laisser aller à l'achat impulsif d'une sucette, d'une revue enfantine ni même d'acheter quelque chose pour la fête des pères ou celle des mères. Un sou est un sou. Lison cultive l'art d'offrir ce qui ne coûte rien : un dessin personnel, un collier en coquillages, un bricolage réalisé avec du papier journal coloré.

La priorité de Lison c'est de remplir cette chose qu'elle a déposée sur sa table de nuit et qu'elle caresse comme l'on caresserait un amoureux. Lison est devenue insensible au vieux mendiant qui tend sa sébile à la sortie du supermarché. Thésauriser, tel est le but de sa vie.

Un jour la tentation est trop forte, Lison dérobe quelques pièces rouges dans le porte-monnaie de sa mère. Il faut ce qu'il faut. Lison prendra encore quelques sous chez elle, à l'école, chez des amies.

Lison fête ses 30 ans et son grand-père ses 93 ans

Lison reçoit la famille pour l'occasion. Ce sera un toast aux champignons des bois suivi d'une pintade aux abricots puis d'une crème vanille. Il lui restait du pain rassis. Les champignons des bois, elle les a cueillis elle-même, la pintade elle était en super promotion, 2 kgs ½ pour le prix d'un. Lison ne résiste pas aux promotions ! Elle aime plus que tout voir s'arrondir son compte en banque. Elle a préparé un toast spécial pour Papy qui n'a plus un sens du goût aiguisé comme il l'avait jadis.

Lison a 30 ans et un jour

Lison pleure son Papy. Il est mort soudainement durant la nuit. Lison pleure mais sourit un peu. Son Papy ne lui a-t-il pas promis qu'il lui léguerait sa collection de pièces anciennes ?

Lison est certaine que son grand-père de là-haut est très fier d'elle !


jeudi 14 février 2013

La mer



Comme vous le savez, j'apprécie les haïkus !

De temps en temps, un jury de concours en remarque un et j'en suis toujours très heureuse. Voici le petit dernier, Grand Prix International "Charles Le Quintrec" :


Retour de pêcheurs
Je respire à pleins poumons
De bons souvenirs.

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jeudi 24 janvier 2013

Les fort(e)s en gueule



DÉRAPAGE




Elle s'appelait Adelaïde Matthews. Elle était fille de pasteur et cuisinière chez les Smith. Son bonheur, c'était de transformer les repas en des moments de fête. Les Smith la complimentaient au sujet de ses petits plats et cela lui faisait oublier qu'elle n'était ni bien jolie ni bien riche. Quand, pour servir à table, elle revêtait son tablier blanc garni de dentelle anglaise, elle se trouvait quelque grâce. Ses yeux bruns souriaient lorsque les enfants, John et Mary, se pourléchaient les babines, lorsque, l'air gourmand, ils quémandaient un morceau de gâteau, lorsque des invités disaient : "Adelaïde, vous êtes un vrai cordon-bleu !" Sa plus belle récompense, c'étaient les baisers des deux enfants.

Cet été 1924, son existence fut bouleversée par l'arrivée de Tom, 12 ans, qui était le neveu des patrons et qui surnomma aussitôt Adelaïde, "le corbeau". Ce garçon effronté s'amusait à faire rouler des œufs sur la table de cuisine, à cacher les pots d'épices, à vider la salière dans une sauce, à courir au jardin en emportant la casserole dont elle avait besoin. John et Mary trouvaient ces comportements fort comiques. Parfois, Madame, avertie par les cris des enfants, venait gronder Tom mais il continuait ses persécutions.

Madame demanda à Adelaïde de patienter : "Cet enfant est malheureux. Sa mère est gravement malade. Soyez compréhensive."

La vie était devenue si difficile à supporter ! Pourtant, pour plaire à sa maîtresse, Adelaïde encaissait sans broncher jusqu'au jour où Tom, ouvrit le four et y lança des grains de poivre, en criant : "T'es pas un corbeau, t'es une sorcière !" Adelaïde, la douce, la placide Adelaïde empoigna Tom et le poussa à l'intérieur de l'antre brûlant.

Ce matin-là, le gamin et la femme avaient franchi les portes de l'enfer, chacun à leur façon…



mardi 22 janvier 2013

Les fort(e)s en gueule


UN CRIME



En moi, Élise Rolfell, il n'y a que la honte : la honte de ma jalousie dévoilée, la honte de n'avoir pas été préférée à une femme si ordinaire, la honte d'être rongée par la haine. Je garde les yeux fixés sur mes mains comme je le faisais lorsque ma mère me grondait.

Je suis seule comme le chien égaré et l'arbre malingre dans la forêt. Seule et coupable puisque j'ai tué Nelly au premier étage du Grand Hôtel de Vittel où nous séjournions. Hier matin, je l'ai attendue. Quand elle est sortie de sa chambre, je l'ai saluée, je l'ai suivie dans le couloir. Elle est passée dans le petit salon. J'ai saisi la statuette en bronze sur le guéridon et de toutes mes forces, j'ai frappé. Le premier coup m'a libérée. J'ai frappé encore et encore… Toute la nuit, j'avais rêvé de ce moment. À présent, les scènes de mon théâtre intérieur et la réalité se ressemblent étrangement.

Paul, mon mari, avait rencontré Nelly au Pavillon de la Grande Source. J'avais été le témoin des premiers mots échangés. Tandis qu'elle buvait à petites gorgées, Nelly avait lancé à la cantonade : "Je n'y crois plus. Cette eau n'a aucun effet sur moi." C'était d'un vulgaire de s'adresser ainsi à des inconnus ! Paul avait réagi : "Continuez la cure. Au petit déjeuner, on m'a parlé de gens débarrassés de leurs maux en quelques jours." Elle avait minaudé : "Merci Monsieur".

Depuis lors, nous la croisions partout : à l'hôtel, dans le parc, dans la galerie thermale, en ville ! Chaque sourire et chaque parole que Paul lui adressait, chaque baisemain m'étaient un crève-coeur. Je sentais que Paul commençait à m'échapper ! Et puis, un matin, je les ai surpris qui s'embrassaient dans la roseraie. C'en était trop.

Je n'éprouve aucun remords, j'ai seulement honte.


lundi 24 décembre 2012

PÈRE NOËL ET LE RAMONEUR


Cette année-là, décembre était doux, très doux même. Paul, le ramoneur, s'affairait encore dans toute la région. Il avait pris du retard suite à une mauvaise grippe contractée à la fin de l'été et mettait les bouchées doubles pour en avoir fini avant les rigueurs de l'hiver.

Le vingt-quatre décembre, il se trouvait sur le toit d'une maison, penché au-dessus d'une cheminée et armé d'une longue brosse, lorsque père Noël apparut. La cheminée ne pouvait être accessible en même temps aux deux hommes. Compte tenu de la date, père Noël estimait avoir la priorité sur l'artisan mais il fut pris de pitié en voyant Paul, le dos voûté, le visage noir, les habits tachés et le souffle court.

"Alors, mon pauvre gars, qu'est-ce qui se passe ? Tu travailles une veille de Noël, c'est la première fois que je rencontre quelqu'un d'aussi vaillant que toi."

En quelques mots, Paul justifia sa présence : il parla de sa mauvaise grippe, du retard pris, des clients habituels à ne pas décevoir.

Soudain, une lueur apparut dans les yeux de père Noël. "Je vais faire quelque chose pour toi mais il faudra attendre la fin de ma tournée", dit-il le sourire aux lèvres.

La brosse fut remontée et père Noël descendit déposer ses cadeaux avant de s'en aller vers d'autres cheminées…

Comme convenu, Paul attendit le retour de père Noël dans le petit bistrot situé à quelques pas de la maison où ils s'étaient rencontrés.

Des heures plus tard, au petit jour, père Noël arriva chargé d'un gros cadeau. C'était un aspirateur à suie que Paul pouvait actionner en appuyant sur une pédale, l'ancêtre de celui que tous les ramoneurs utilisent de nos jours. Père Noël l'avait conçu et avait demandé à son armée de lutins de le fabriquer au plus vite.

Paul fut le premier à tester ce type d'appareil qui l'aida à finir sa besogne, rapidement et sans gros effort, avant la neige de janvier. Lorsqu'on le vit utiliser la drôle de machine, on interrogea Paul. Il répondit que c'était un ami disparu qui l'avait inventée.

La suite chacun la connaît : des bricoleurs de génie ont pris le relais et ont progressivement amélioré l'appareil.


mardi 13 novembre 2012

Les petits carnets


Tous le mercredis vers onze heures, elle venait à la librairie. Elle jetait toujours un coup d'œil aux petits carnets avant d'acheter le magazine féminin auquel elle était fidèle. Parfois, elle faisait un commentaire au sujet du sommaire comme si elle avait voulu me convaincre de lire l'un ou l'autre article. Avant de sortir du magasin, elle allait voir les stylos. Il lui arriva d'en choisir un, le plus cher, de revenir au comptoir pour le payer et de demander un emballage cadeau : "C'est pour moi mais j'aime m'offrir de jolies choses", commenta-t-elle. Une autre fois, en plus du magazine, elle acheta une boîte en bois vernis. Sans qu'elle n'ait rien dit de particulier, je fis un emballage cadeau. Elle était jeune, rousse et belle mais son regard d'un vert délavé me semblait si mélancolique.

Ma fille, qui l'avait juste croisée à maintes reprises, la trouva chaque fois occupée à caresser des carnets ou des stylos. Elle me dit qu’elle la trouvait fort bizarre. Elle l'avait vue choisir des fruits et des légumes à la supérette après les avoir secoués comme des maracas. Elle l'avait entendue parler aux pigeons de la place. "T'as remarqué, elle touche à tout dans la boutique. Heureusement que c'est une cliente régulière sans quoi j'interviendrais et perdrais mon amabilité !", avait-elle conclu.

Ce mercredi-là, la jeune femme chercha vainement son porte-monnaie. Après avoir fouillé dans son sac et ses poches, elle me dit tout embarrassée : "Je n'ai pas un sou sur moi. Il n'y a que le mercredi que je peux faire mes courses. Vous voulez bien garder la revue jusqu'à la semaine prochaine ?" Je répondis en souriant : "Emportez-la. La maison vous fera crédit jusque là." Elle répondit : "Et si j'avais un empêchement ?" "Alors ce sera pour le mercredi suivant. Je vous connais, n'est-ce pas ?" "Mon nom est Natacha Meyer", répondit-elle.

Le temps passa. La jeune femme s'acquitta de son dû.

Un peu avant la rentrée scolaire, ma fille décida de démarquer des carnets et de mettre en valeur la nouvelle collection sur l'étagère située à quelques pas du comptoir.

Natacha prit tout le stock de carnets démodés ou défraîchis ainsi que les plus précieux parmi les nouveaux. Jamais encore, un client n'avait fait autant d'achats à la fois.

Un mercredi, elle m'entendit parler avec un client de la mort de mon vieux chat. J'avais les larmes aux yeux, le geste hésitant. Lorsque vint son tour, elle sortit de son sac un carnet à la couverture bleue, elle me le tendit : "C'est un carnet de deuil " me dit-elle. "Notez-y tout ce qui concerne votre chat. Écrire, cela peut faire du bien."

Un peu avant Noël, Natacha fut renversée sur le passage pour piétons devant la librairie. L'automobiliste avait été ébloui par le soleil. Il avait freiné trop tard. Les crissements de pneus et les cris de passants m'attirèrent hors du magasin. Je vis alors que quantité de petits carnets s'étaient échappés du grand sac de Natacha. Je lus quelques titres calligraphiés à l'encre noire : "Carnet de bonnes idées", "Carnet de citations", Carnet de chagrins", "Carnet de sourires".

Natacha survécut à l'accident mais mit de nombreux mois à se rétablir. J'allai la visiter à l'hôpital puis chez elle, dans son studio. Jusqu'à ce qu'elle put revenir au magasin, je lui portai régulièrement son magasine favori.

mercredi 3 octobre 2012

Florennes a reçu des conteurs



Et voici le fameux article de l'Avenir, où l'on parle de notre prestation à la bibliothèque de Florennes suite au "Lâcher de conteurs" de Namur.

Une belle après-midi avec des enfants attentifs et quelques adultes souriants.

Nous avons même eu droit à des crêpes pour terminer !

jeudi 5 juillet 2012

Chose promise, chose due !


Comme promis à une sympathique vacancière suisse rencontrée dans le Limousin, voici le texte d'un de mes poèmes mis en musique par Monsieur Léon Tache, habitant de Broc (Canton de Fribourg) et professeur de musique à la retraite.

Encore un grand merci à Monsieur Tache qui avait découvert le poème sur Internet et que j'ai eu l'occasion de rencontrer plusieurs fois déjà.


JOIE D'ÉTÉ

Pour fêter les jours tendres comme des cerises,
Les chemins ondulants du vent,
Les nuages en marche sur l'azur,
Mon cœur chante,
Mon cœur danse.

Pour célébrer le soleil qui lentement se dérobe,
Les étoiles semblables à des diamants,
La lune, parure de la nuit chaude,
Mon cœur chante,
Mon cœur danse.

Pour ranimer la fleur endormie à l'ombre du buisson,
La coccinelle assoupie sur le pétale,
Les algues posées sur l'étang,
Mon cœur chante,
Mon cœur danse.

Pour arrêter un moment le cours des minutes,
Pour frôler le vol de l'éternité,
Pour voyager en demeurant ici,
Mon cœur chante,
Mon cœur danse.

Pour qu'au milieu de l'hiver,
Tremble aussi le parfum des lys,
Et vole encore le papillon,
Mon cœur chante,
Mon cœur danse.

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vendredi 1 juin 2012

Ovide Dieu


Poète belge né à La Bouverie en 1883 et y décédé en 1950, Ovide Dieu est aussi le nom de la Bibliothèque de Frameries qui avait organisé un concours de poésie.

C'est avec plaisir que j'ai obtenu le troisième prix avec ce poème :


MÉMOIRE D'ENFANCE

Dans un coin rose de ma mémoire,
Il pleut des bulles de savon,
Tandis que des enfants aux voix d'ange
Chantent des comptines oubliées.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Le renard est passé laissant tomber
Un chiffon, un pétale, un billet doux
Sur une pelouse ou sur un plancher.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Je flâne sur un sentier de randonnée,
Je cueille des coquelicots et des bleuets,
J'apprivoise une coccinelle.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Ne suis-je pas la princesse égarée,
Le petit rat aux chaussons de satin,
La fée qui sauve des ogres et du diable ?

Dans un coin rose de ma mémoire
Une grenouille qui coasse pour les étoiles,
Un lapin qui sort d'un chapeau boule,
Une souris qui se moque des chats.

Dans un coin rose de ma mémoire,
J'entends la mélopée des marées
Et je sens les effluves des vagues
Parvenues jusqu'à mes châteaux de sable.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Je troque des fleurs en papier
Contre quelques coquillages cassés
Et un premier baiser volé.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Jeux de marelle et de croquet,
Poupées de chiffon et soldats de plomb,
Pigeon vole et chat se perche.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Tant d'oiseaux gazouillent pour leurs petits,
Tant de flammes tremblent dans la cheminée,
Tant d'arbres s'éclairent sous la lune.

Dans un coin rose de ma mémoire,
La chaude odeur de beignets,
Mes doigts engourdis sous la neige,
Du sucre blanc sur mon manteau rouge.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Des pas de danse et des parfums rares,
Des meringues pastel et des projets fous,
Fleurent bon l'infini du bonheur.

samedi 31 mars 2012

Poesia dell'arte


Un concours de poésie, deux cents participants... Quand on vous dit que ça bouge à Charleroi, c'est bien vrai !

En attendant, j'ai reçu le second prix pour ce poème :

L'AMOUR, AUJOURD'HUI COMME HIER

Je m'endors entre tes bras,
Et la chambre est ouverte sur les mots d'amour de deux adolescents.
Dans les rues de la ville, ils sont devenus nos doubles.
Venus au monde d'un regard,
Je les imagine assis sur un banc,
Ou accoudés à la rambarde du pont de Sambre.
Ils ne convoitent rien,
Ne quémandent rien.
Abreuvés de tendresse,
Il leur suffit d'être ensemble
Pour que le bonheur tel un soleil
Habite leur cœur.

Je m'endors entre tes bras.
Le temps est doux comme nos draps,
Les parfums de nos corps sont anciens
Et secrètent des souvenirs de jeunesse.
Des brumes du passé enveloppent notre repos.
Sublime complicité du crépuscule.
Nos silences sont ouverts sur leurs voix.
Dans le soir des villes, ils osent chuchoter
Des paroles d'amour et peinent à se détacher l'un de l'autre.
Je les rêve, liés par des battements de cils et des soupirs,
Ils sont penchés et se tiennent les mains,
Ils sont ce que nous fûmes.

Tu bouges un peu.
Il bruine sur la ville.
Ils sont jeunes et se sont reconnus
Dans un éclat de rire, dans un hochement de tête.
Quand on aime, il ne faut oublier
Ni la grâce de la maladresse
Ni celle des phrases bafouillées.
Ils se découvrent, se racontent,
Leurs mots d'aujourd'hui ressemblent à ceux d'hier.
Ils se jouent des nuages, de la pluie, des passants.
Elle donne tout dans un baiser
Et lui dans une étreinte qui n'en finit pas.

mercredi 28 mars 2012

Des bleus au cœur




Le voici donc le petit dernier...

"Des bleus au cœur", un recueil de 25 nouvelles sorti le 24 mars pour le Salon du livre de Bondues.

Lisons la couverture arrière :
Des histoires tantôt sentimentales, tantôt amères, teintées de mélancolie et de nostalgie. Ces histoires parlent de solitude, de rivalité fraternelle, d'amour mais aussi de musiques, de souvenirs d'enfance, de rumeurs. Il suffi souvent de si petits riens pour que le cœur s'emballe.

Retrouvez-y les délices des cachets acidulés et les charmes de chansons de votre enfance. Regardez une statue à Gembloux, peut-être y verrez-vous un pigeon posé sur la tête de Sigebert...
Visitez la région de Lille avec deux sœurs bien différentes.

Un extrait pour vous mettre en appétit :
... La cloche a retenti sans que j'aie pu dire autre chose que : "Comme c'est bon !"
Le bonheur de la découverte m'avait laissée muette...
L'après-midi vint. une magie comparable à celle du matin se reproduisit. J'aurais voulu que cela recommence à chaque récréation...



jeudi 8 mars 2012

Printemps des Poètes



Un de mes poèmes est paru dans la revue éditée par 2000 REGARDS à Nevers (France). Je suis heureuse de vous l'offrir.

Mémoire d'enfance

Dans un coin rose de ma mémoire,
Des fillettes vont de la terre au ciel
En sautant à cloche-pied
Sur un jeu de marelle.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Un gamin se cache derrière une haie
Tandis que des amis le cherchent
De la roseraie au poulailler.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Le prince charmant et la bergère,
Enfermés dans le livre de contes,
Esquissent un pas de danse.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Les enfants volent comme les oiseaux,
Traversent les jours en chantant,
Découvrent les chemins du rêve.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Une main lance un avion de papier,
Un cerf volant me fixe de son œil jaune,
Un train passe en sifflant.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Chaque gage reçu est promesse de rires,
Chaque partie perdue est chance de revanche,
Chaque partie gagnée est signe de malice.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Petit Poucet jongle avec des cailloux,
Cendrillon aide Blanche Neige,
Chaperon Rouge voyage sans bagage.

Dans un coin rose de ma mémoire,
Les nounours et les doudous
Parlent le langage des hommes
Et consolent des chagrins d'un soir.


jeudi 19 janvier 2012

Parabole et Ecriture...



Dimanche dernier, j'ai eu l'occasion d'animer un atelier d'écriture destiné à des enfants de plus de dix ans et à des adultes. Cela se passait dans le cadre de rencontres paroissiales ayant pour thème "Mettre ma vie en parabole".

Après un préambule destiné à créer un climat de confiance et la présentation de deux listes de mots, l'une basée sur des termes ayant un rapport avec l'idée de 'trésor', l'autre basée sur des termes proches de 'trésor' par la sonorité, j'ai proposé la phrase de début ("Le royaume des cieux est comparable…") et chacun s'est mis à écrire.

Lors de la lecture qui a suivi, nous avons eu l'occasion d'entendre de superbes textes !

Magie des images et des métaphores ! Comment ne pas établir un parallèle avec l'univers du conte quand il est question de cartes de pirates, de bijoux précieux, de coffre rempli de pièces d'or, de fleurs…

Chacun était satisfait et mon petit doigt me dit que les participants, mis en appétit, continueront à développer leurs talents d'écriture.

Après avoir, comme les autres, écrit et lu son texte, le journaliste présent a rédigé cet article :
http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20120119_00107249

dimanche 27 novembre 2011

Les soupirs portent plus loin que les cris...






Tel était le thème du concours de poésie par SMS organisé par la Maison de la Poésie à Namur.

On pouvait envoyer trois poèmes de 160 caractères (maximum) et j'ai tenté ma chance avec :



Tends l'oreille.
Dans la mélopée du vent,
Se retrouve l'écho
De tous les soupirs
Et de ton chagrin.



Sifflement de merle
Devant la tombe, une femme
~ Les yeux pleins de larmes



Sur la bouteille thermos,
des larmes de café.
Dans la nuit,
les soupirs sont les mots du cœur
comme à la lumière du jour,
les cris étaient ceux du corps.



J'ai eu la chance d'être appréciée par le jury et mes trois poèmes sont repris dans le petit recueil édité pour l'occasion.

Très heureuse d'autant plus que 542 poèmes participaient à ce concours !

dimanche 9 octobre 2011

Pour les jeunes !


La Maison Culturelle de la ville d'Ath a sélectionné deux débuts de texte que j'avais écrits spécialement à l'intention des jeunes participants au fameux concours de nouvelles qu'elle organise.
Une belle manière de faire apprécier mon écriture par un public scolaire qui n'a pas souvent l'occasion de me lire.

Je surveille de très près pour savoir ce que ces chères têtes blondes vont imaginer à ma suite.

Vous aussi, vous voulez savoir ?

Venez me retrouver (avec d'autres auteurs de Chloé des Lys) : http://web.me.com/maison.culturelle/Ath_2030/Derri%C3%A8re_la_porte.html


Mais également :
http://web.me.com/maison.culturelle/Ath_2030/Une_%C3%A9trange_bestiole.html

Et si le coeur vous en dit et que, comme moi, vous êtes encore jeunes... Allez-y, je serai heureuse de vous lire.

jeudi 1 septembre 2011

BONNE RENTRÉE, CHLOÉ !



Chloé, bientôt six ans, craignait plus que tout de quitter la petite école maternelle de son quartier pour fréquenter la grande école du centre ville. Dès que le quinze août fut passé, que la nouvelle collection de cartables, plumiers, cahiers, stylos, crayons, gommes s'imposa dans les vitrines et les rayons des magasins, Chloé se mit à aborder le sujet de plus en plus fréquemment en faisant les courses avec Caroline, sa mère, ou durant les repas.

Sa mère, se demandait comment elle pourrait lui rendre la rentrée la moins stressante possible. Elle avait donc pris contact avec la directrice pour faire visiter l'établissement à Chloé et la familiariser à son futur cadre de vie. Elle avait mis sa fille en relation avec Jeanne, une enfant qui avait déjà passé un an dans l'école. Mais rien n'y faisait. Emma manifestait toujours des appréhensions : "J'ai pas envie", "Je vais me perdre", "J'aurai pas de copine", "Madame sera méchante",…

Caroline, réfléchit, réfléchit encore. Elle se souvint des différentes étapes difficiles franchies par sa fille. À chaque étape, il y avait eu un objet… Pour passer de la crèche à l'école maternelle, il y avait eu un nounours. Pour participer au stage de danse, il y avait eu un collier. En juin, pour le goûter de famille chez tante Marie, une vieille dame qui a une voix grave et qui sent la naphtaline, il y avait eu les pantoufles !

C'est ainsi que le premier septembre, Chloé mit ses belles pantoufles décorées d'une tête de Mickey pour franchir la première fois la porte de la grande école. Une fillette demanda bien pourquoi Chloé était chaussée de la sorte mais l'institutrice, Madame Virginie, répondit que c'était un secret entre elle et Chloé et personne n'osa poser une autre question !

Pour Chloé, tout se déroula merveilleusement ! Dès le deux septembre, elle accepta de porter des ballerines pour aller en classe.

mardi 26 juillet 2011

Une nouvelle primée à Avioth (France)

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Méprise à Avioth

Il y a beaucoup de monde sur la place d'Avioth. Des vieux, des jeunes et beaucoup d'enfants. Il y a les artisans et il y a des centaines de visiteurs.

Il y a surtout ce garçon à côté de moi, face au sculpteur sur bois. Je ne vois que lui. Il ressemble à Jérôme Mandernieux, un garçon dont je m'étais amourachée à l'adolescence, un garçon que j'avais rencontré durant des vacances à Vittel, voici près de quinze ans et auquel il m'arrive encore de penser si souvent.

Comme Jérôme, il est petit et mince, il a les cheveux noirs bouclés, le teint mat, le nez aquilin, les yeux sombres. Comme Jérôme, il a un grain de beauté sur la joue droite et il porte des lunettes.

Son visage s'éclaire quand il dit : "c'est magnifique". Il se dirige vers un autre stand. Je le suis. Il marche en claudiquant légèrement. Je crie : "Jérôme !". Il se retourne vers moi. Il me sourit.

- C'est à moi que vous vous adressez ?

- La ressemblance, vous voyez…

- Je ressemble peut-être à Jérôme mais moi, c'est Flavio.

- Vraiment désolée…

Avec le temps, n'est-il pas normal que sa voix se soit affirmée et soit devenue tellement différente ?

Il me tourne le dos en s'éloignant. Je le suis. Il se retourne plusieurs fois. Il a probablement surpris mon manège. Je m'arrête et je vais alors vers la basilique.

Les œuvres exposées pour le concours de peinture me plaisent plutôt bien. La plupart représentent des coins pittoresques de la place d'Avioth.

Quelque chose du dehors, en dedans.

Je songe à lui… Je me dis : "Si je le revois en sortant d'ici, je l'aborde, je lui propose de boire un café… Je tenterai ma chance. Il a peut-être ce talent qu'avait Jérôme de me faire rire, de faire palpiter mon cœur devant les merveilles de la nature !"

Je m'arrête un instant face à la statue de Notre-Dame. Je demande à la vierge de venir à mon secours, de m'aider à trouver l'amour. Devant moi, une femme prend des photos. Je sors mon appareil de ma poche, de quoi garder des souvenirs de ces vacances.

Dedans et dehors, c'est jour de fête.

Dedans, mes yeux captent la lumière délicate des vitraux. Dedans, il fait frais.

Dehors, il fait chaud. Dehors, m'attend une lumière estivale, une lumière qui adoucit un peu les paysages, qui fait fondre mon cœur et qui, avec un peu de chance, pourra entrouvrir les portes de l'amour…

Dehors, je mitraille : des hommes, des femmes, des enfants, un chien, un relieur en pleine activité, un tailleur de pierre, un calligraphe.

Voilà de nouveau Flavio, il s'approche de la table et examine une enluminure avec attention. Cet après-midi est le plus beau de l'été puisqu'il me replonge dans ma jeunesse. Le temps s'est arrêté. Une jeune femme le rejoint et frappe sur son épaule. D'un coup, mon projet de l'aborder s'envole !

C'est triste d'être une femme sans amour. Ma vie s'écaille déjà telle une existence de vieille fille. Je voudrais marchander un peu de tendresse. Du fond de ma mémoire me vient la sensation d'une main qui prenait la mienne et m'entraînait dans le parc de Vittel. Je pensais alors que je reverrais Jérôme année après année. Mes grands-parents ont continué de m'emmener à Vittel mais les parents de Jérôme n'y sont jamais revenus…
Au début, Jérôme et moi, avons échangé quelques lettres avant qu'il ne m'adresse une dernière carte postale de la Guadeloupe me signalant que ses parents y avaient repris un hôtel. J'ai répondu aussitôt, aucun courrier de lui ne m'est plus parvenu.

Le soleil me couvre de baisers ainsi qu'aucun homme ne l'a plus fait depuis des années.

Flavio et sa compagne se perdent dans la foule. J'avance jusqu'au campement médiéval pour assister au spectacle de fauconnerie. J'aide une personne en chaise roulante à se placer au premier rang du public, puis je m'écarte pour laisser passer quelques enfants. D'autres personnes arrivent. Flavio et la jeune femme se faufilent jusqu'à la dame en chaise. Ils se penchent vers elle pour lui parler. Elle me montre du doigt. Flavio se retourne. Il me crie ce que je devine être un "Merci…" Je lui adresse mon plus beau sourire. Durant la démonstration, je prends quelques photos de lui en catimini. Quand tout est terminé, il s'approche de moi : "Merci pour Maman !" Je réponds : "Oh, je sais ce que c'est ! Ma mère a été elle aussi en chaise, pendant plusieurs mois, après son accident de voiture." Il dit : "Ma sœur et moi, nous nous étions attardés au stand de vannerie. Le gars qui faisait des paniers était tellement habile que nous n'avons pas regardé notre montre. Ça nous rappelait notre enfance quand nous tressions des roseaux avec notre nonna. Nous en avons oublié Maman… Pourtant, elle aime venir à Avioth. Pour rien au monde, elle ne raterait les événements importants qui s'y passent. Elle a l'impression que depuis son pèlerinage de l'an dernier, elle a retrouvé une meilleure sensibilité dans ses jambes."

Je dis : "Si vous voulez, on peut boire un café à la terrasse là-bas, près de la basilique ?"

Il me répond : "D'accord dans une demi-heure. Maman voudrait tout simplement voir d'autres artisans… C'est moins fatiguant pour elle quand on la pilote."

Je refais un tour de la place en attendant l'heure du rendez-vous. J'aperçois un homme et une femme qui avancent en se tenant par la main. Je pense aussitôt à mes parents qui formaient un couple très uni. Toute une vie passée, ensemble, au bureau d'assurances et à la maison jusqu'au décès de Papa des suites d'un infarctus. Durant mon enfance, je ne concevais pas de suivre une autre voie que celle qu'ils désiraient pour moi : me marier jeune, passer toute ma vie auprès de mon mari et de mes enfants. Après Jérôme Mandernieux, j'ai fait la connaissance de Marc durant ma première année à l'université. Au début, c'était l'amour fou et nous nous sommes mis en ménage. Puis, au fil des années, je n'ai plus accepté de partager Marc avec sa passion pour la biologie. J'ai rompu quand il a pris l'habitude de rentrer de plus en plus tard de son laboratoire.

À l'heure convenue, je m'assieds à la terrasse et j'attends Flavio. Il arrive en retard, le même manque de ponctualité que Jérôme. Il hésite entre un café et une eau. L'hésitation, un autre trait du caractère de Jérôme. Il plisse le front quand il sourit. Comment ne pas penser à Jérôme ?

- Tiens, vous ne vous appelez pas Mandernieux ?

- Non, pourquoi ?

- Vous avez le même regard que les Mandernieux qui habitaient près de chez moi.

Il sourit.

- Non, je ne m'appelle pas Mandernieux. Mon nom est Larocca et je suis tout simplement d'origine italienne pure et dure !

Nous parlons des "Artistiques".

- Si vous avez une adresse mail, je peux vous envoyer des photos. J'en ai pris beaucoup…

Il sort une carte de son portefeuille.

- Merci, cela fera plaisir à ma mère. Elle adore cet endroit.

Ainsi, ce n'était pas plus difficile que cela de pouvoir garder un lien avec lui.

Oh ce sourire ! Oh cette façon de passer sa main dans les cheveux !

Je tends une nouvelle perche : "Je loge à Montmédy. Mercredi, je viens déjeuner ici. Ça vous dit de venir manger un bout avec moi ?"
"Mercredi, c'est d'accord. Je connais bien ce restaurant. Nous avons déjà réservé une table pour le 15 août prochain."

J'ai envie de pousser un grand cri de joie. Pourtant je me contente de murmurer "Chouette".

Le mercredi, quand Flavio se penche pour ramasser la serviette que j'ai laissé tomber, je me souviens de cette gentillesse de Jérôme qui disait : "Prends ce croûton de baguette, c'est le meilleur morceau", ou "Assieds-toi sur ce siège, il est bien plus confortable." Je ne peux m'empêcher d'établir le parallèle entre les deux garçons. Tout me semble comparable, la douceur du regard, le rire facile.

Je rentre chez moi le vingt-huit juillet en fin d'après-midi. Aucune confidence de Flavio ne m'a échappé. Ma mémoire a fonctionné comme au temps de mes études. À peine rentrée dans mon appartement, je prends mon agenda et je note en rouge à la date du quinze août: 'Avioth messe 10 h 30, vêpres 15 h, concert 17 h'. Puis sans même vider ma valise, j'envoie quelques photos à Flavio avant d'imprimer la plus belle que j'ai faite de lui.

Qu'il m'est difficile de résister à la tentation de lui téléphoner ! Comment faire pour ne rien laisser paraître dans mes messages ? Comment suis-je arrivée à refouler les mots tendres qui me venaient alors que je rédigeais le mail ?

Le soir déjà, il y a plusieurs portraits de Flavio punaisés sur les murs de mon bureau. Quand je les regarde mon cœur s'emballe. Je couvre de baisers la photo que j'ai placée dans un cadre à la droite de mon ordinateur. Oui, je suis amoureuse. Amoureuse… J'en perds le sommeil, j'ai des crampes à l'estomac mais que cela est bon ! Je chante à longueur de journée "you are the sunshine of my live" et "ti amo", devenues mes chansons fétiches. J'en oublie de téléphoner à ma mère, à ma sœur, à mon amie Carine. J'en oublie de saler la soupe et les œufs. J'en oublie de nourrir mes poissons rouges.

Chaque jour qui me sépare du quinze août, je mange des tomates, le légume préféré de Flavio. C'est ce qu'il m'a confié lors de notre unique repas ! Je me force à cuisiner à l'huile d'olive parce que je sais qu'il aime ça, je parsème mes conversations de 'tout simplement' son expression favorite.

Chaque jour, je lui envoie un petit message : blague, citation, joli diaporama. Parfois, il me répond d'un modeste 'merci et bonne journée' ou m'adresse un magnifique diaporama accompagné d'une musique romantique.

Le quinze août à 9 heures, je suis à Avioth. Je l'attends assise sur un banc près de la mairie. Une vue imprenable sur la place ! Impossible de rater son arrivée, d'autant plus qu'il sera accompagné de sa mère et de sa soeur.

À 10 heures 10, il est là. Les jambes me fourmillent mais je compte lentement jusque deux cents avant de marcher à petits pas jusqu'à la basilique. Quelle chance, une place est libre près de lui et je m'y assieds. Il se tourne vers moi et sourit, les deux femmes me saluent discrètement. Impossible de me fixer sur la moindre prière. J'attends l'instant du partage de la paix pour lui donner un simple bisou sur la joue. Seule compte la perspective de ce moment. Je remue les lèvres pour feindre la piété. Feindre, toujours feindre, pour ne pas me trahir…

Après la messe, il me propose de déjeuner avec sa mère et sa sœur. Le repas se déroule agréablement. Oh ce regard sombre mais rieur ! Oh cette façon de parler avec les mains !

Après le café, il a envie de profiter au maximum du beau temps et de rester dehors à prendre le soleil. Je décide moi aussi de ne pas assister aux vêpres. Après avoir conduit sa mère dans l'église, il revient à mes côtés et nous restons assis sur un banc près de la mairie. Je le complimente sur sa culture, sur sa joie de vivre. Il se dit charmé par ma gentillesse et ma douceur. Il se penche vers moi. Nos lèvres se rencontrent… Oh le délice de cet instant ! De nouveau, il m'embrasse.

Mise en confiance, je lui raconte mon histoire avec Jérôme, ma méprise en l'apercevant, mes sentiments sans doute attisés par la ressemblance qu'il y a entre lui et Jérôme. Mais lui, plutôt que de me prendre dans ses bras, me rabroue : "Mais ce n'est pas moi que tu apprécies, c'est un autre… Prends garde. La désillusion n'est pas loin." J'essaye de l'apaiser : "Je t'assure. Ce n'est pas qu'une coïncidence. Je ressens quelque chose pour toi." Il rétorque : "Pour moi, pour Jérôme ou pour ta jeunesse perdue ?" J'insiste : "Pour toi, pour toi, Jérôme…" Furieux, il gagne la basilique en courant. Moi je crie "je t'en prie. Flavio, Flavio reviens… Tu ne vas pas tout gâcher pour un petit lapsus." L'amour ne s'habille souvent pas de pudeur. Je cours, derrière lui. Il se retourne et hurle "pauvre folle. Rentre chez toi !" Des touristes et des fidèles n'ont d'yeux que pour nous deux mais je n'en ai cure. Je crie de plus belle : "Flavio, Flavio…" Trop tard, il entre dans l'église !

Je l'appelle sur son portable. Même pas le temps de dire : "Flavio…" qu'il raccroche. Plusieurs essais, autant d'échecs.

Je rentre chez moi… Je pleure… À minuit, je lui adresse un courriel qui restera sans réponse.

En une semaine, j'envoie plus de soixante courriels. Je lui téléphone plus de dix fois par jour. Tant et tant d'insuccès n'ont pas raison de mon entêtement… Je m'obstine. Je veux le persuader, j'y arriverai coûte que coûte !

Le cinq septembre, je reçois un courrier de Maître Dumont, avocat, me signifiant que mon harcèlement n'a que trop duré et que je risque de sérieux ennuis si je persiste.

En lisant la lettre, ma gorge se noue. Alors je décide de laisser du temps au temps.

Fin octobre, à l'occasion de mon anniversaire, je me rends chez Flavio. Je profite qu'un habitant de sa résidence pénètre dans l'immeuble, pour accéder à son étage. Lorsqu'il ouvre sa porte et me voit, il blêmit. Je n'ai pas l'occasion de dire la phrase que je me suis répétée des dizaines de fois dans l'auto : "pour mon anniversaire, accorde-moi un petit entretien s'il te plaît…" Il pointe l'index vers moi, il hurle : "Va-t-en ! Pars d'ici ! Espèce de folle !" C'est une sorte de réflexe, je sors le couteau de mon sac, je frappe, je frappe et frappe encore. Le sang coule et d'un coup, cela me dégrise.

"Oh Jérôme, pourquoi ?"

dimanche 17 juillet 2011


Christine Brunet, une autre auteure de Chloé des Lys et que nous avons eu le plaisir de rencontrer cet été dans sa belle région d'Auvergne a bien voulu me consacrer une très longue interview sur son blog.

Elle n'a pas son pareil pour poser les bonnes questions et en fonction de mes réponses, elle a poussé plus loin ses demandes.

Le résultat : http://www.passion-creatrice.com/article-micheline-boland-ecrire-c-est-palper-des-pensees-semer-des-mots-78553171.html que vous apprécierez, je l'espère.

En ce qui me concerne, je trouve cela bien intéressant... Et vous ?