lundi 27 juin 2011

Bonne nouvelle en rentrant de vacances...

.
Un bel article écrit par Monsieur Pierre Dejardin et paru le lundi 20 juin dans le journal l'Avenir. Voilà de quoi allécher les amateurs de contes et me faire connaître davantage dans l'Entre Sambre et Meuse !

Grand merci Monsieur Dejardin !

Si vous voulez lire...
http://chloedeslys.buygoo.net/t2928-une-bonne-surprise

mardi 7 juin 2011

Troisième prix à l'ASPH


UN RIEN DE BONHEUR

Le bonheur peut passer
Par le chas de l'aiguille
Comme un mot émoussé
Ou l'odeur de vanille.

Le bonheur peut venir
De la boîte à musique
Comme un demi-soupir
Ou un chant romantique.

Le bonheur peut couler
Par la simple crevasse
Comme un encens brûlé
Ou un rayon fugace.

Le bonheur peut filer
Par la porte entrouverte
Comme un insecte ailé
Ou une voix offerte.

vendredi 27 mai 2011

Juillet approche...


Cette histoire date d'un temps très lointain où chaque année et à plusieurs occasions, la procession passait dans les rues du village.

Chaque fois que le cortège, curé en tête, défilait dans la rue où il habitait, Raymond, un homme par ailleurs assez paisible, manifestait sa mauvaise humeur en criant par la fenêtre grande ouverte de sa chambre : "Le Tour de France passe ! V'la le Tour de France qui passe !"

Croyez-moi, il hurlait plus fort que les maraîchers, le Raymond et il ne privait pas de le faire depuis le moment où le cortège était au coin de sa rue jusqu'à ce qu'il disparaisse de sa vue.

Il faut dire que depuis que la jolie fille qu'il courtisait avait décidé d'entrer au couvent une cinquantaine d'années plus tôt, Raymond s'était mis à détester les curés, le clergé et toutes les manifestations religieuses. Alors, depuis ses vingt-deux ans et jusqu'à sa vieillesse, il garda cette habitude de s'en moquer.

Pour rien au monde, il ne se serait absenté du village un jour de procession. Tant il était excité, il passait une nuit blanche la veille de l'événement.

Et puis vint ce samedi de juillet où Raymond rendit le dernier soupir ! On fixa la date des funérailles au mardi suivant ! Ce mardi-là, Clémentine sa femme, malgré le chagrin, eut un petit sourire. En effet, pour conduire son époux jusqu'à dernière demeure, il fallut faire un long, très long détour à travers le village parce que ce mardi-là, eh bien, le Tour de France passait par les routes que devait emprunter le cortège funèbre pour rejoindre le cimetière !

Beaucoup de villageois virent là un signe du ciel, même une sorte de châtiment. Même Clémentine qui en voulait toujours à son époux d'avoir manifesté un si fidèle attachement à son premier amour, applaudit à cette soi-disant justice divine…

dimanche 1 mai 2011

DU MUGUET POUR LA PAIX


Anne attend, au volant de sa voiture, son fils Florent qui est allé acheter un pain. Elle observe Catherine qui passe avec son chien. Elle baisse la tête. Elle hausse les épaules. Elle se souvient du temps où elles étaient les meilleures amies du monde. En ce temps-là, elles avaient choisi de faire les mêmes études afin de rester ensemble le plus longtemps possible. Et puis, il y avait eu l'incident. Sa grand-mère qui était veuve, s'était mise en ménage avec le compagnon de la tante de Catherine. Du jour au lendemain, il leur était devenu impossible de demeurer amies. Plus une parole, plus un sourire entre elles puisqu'elles appartenaient à des camps opposés.

Les années ont passé. Anne et Catherine se sont mariées, ont eu des enfants. Les deux amoureux par qui la rupture était venue entre les deux familles se sont séparés mais la rancune est demeurée ! Bien que Catherine et Anne habitent le même quartier, elles vivent donc en feignant de s'ignorer.

Quoiqu'il ne connaisse pas les détails de l'affaire, Florent est bien conscient de cette animosité qui règne entre les deux familles. Il voudrait quelquefois jouer avec Alice et Ben, les deux enfants de Catherine mais il n'ose enfreindre l'interdit !

Ce premier mai, le muguet est fleuri dans le jardin d'Anne. Alors, Florent en cueille. Il fait le tour du quartier. Il en offre aux amis. Pourquoi n'en offrirait-il pas à Catherine ? L'idée lui est venue, soudainement, chemin faisant.

Les mots affleurent sans qu'il les cherche. "C'est de la part de Maman." Pour Catherine, c'est un rêve. Anne lui envoie du muguet ! Aussitôt, elle va cueillir, quelques brins dans son propre jardin. "Tu la remercieras. Tu les lui offriras de ma part."

"C'est de la part de Catherine". Pour Anne, c'est aussi un rêve, Catherine lui donne un brin porte-bonheur.

Un coup de fil de remerciement et les deux femmes se revoient. Oubliées les amours interdites, les querelles qui ne les concernaient pas !

De la part du bonheur, un pas vers la réconciliation ! De la part de la paix, abandonner la rancune, accorder un pardon, offrir un mot, un sourire, un clin d'œil, une fleur !

dimanche 24 avril 2011

UN ŒUF DORÉ POUR PÂQUES


Ce matin de Pâques, Corentin est installé sur la petite terrasse de la cuisine, il joue avec ses 'Lego'. À droite de Corentin, de nombreux pots où poussent des herbes aromatiques et des pensées.

Soudain, Corentin entend des cris et des rires venant d'un jardin voisin. Il lève les yeux et voit des enfants courir entre les buissons. Une fillette vêtue de rose, brandit une grosse poule en chocolat. Puis, un gamin, Luc, qu'il connaît bien puisqu'il est dans la même classe que lui, déniche un coq qu'il peine à tenir entre les mains. Pas de doute, les enfants sont à la chasse aux œufs…

Corentin observe quelque temps avant de s'intéresser de nouveau à ses petites briques multicolores. Le cœur n'y est plus. En ce dimanche ensoleillé, Corentin n'a eu droit qu'à des œufs durs et à des sujets creux en chocolat blanc. La comparaison n'est évidemment pas en sa faveur. C'est une certitude, les performances de Luc dépasseront toujours les siennes, que ce soit en dictée, à la course, aux billes.

À midi, Corentin passe à table avec ses parents. Dans sa famille, ce jour de fête est pareil à un jour ordinaire. Sa mère a préparé du poulet et de la compote, son père a dressé la table dans la cuisine.

Après le repas, Corentin retourne sur la terrasse. Il lui semble entendre encore les cris et les rires provenant du jardin voisin. L'envie gâche son jeu. Il s'apprête à rentrer pour s'asseoir devant la télévision, lorsque, dans le pot contenant le thym, il remarque un œuf dans un emballage doré. Un œuf pas bien gros mais pourtant si attrayant. Corentin s'en saisit et comme ça, à le soupeser, conclut qu'il n'est sûrement pas en chocolat. Il rentre dans l'appartement et le déballe. Sous le papier doré, l'œuf est lui aussi tout doré. Il s'agit d'un œuf en métal ! Il appelle sa mère. Celle-ci qui a vendu des bijoux à l'Univers du Rêve, le stand joaillerie du supermarché, estime qu'il est en or, de l'or quatorze carats, affirme-t-elle après examen. L'œuf présente un anneau et une minuscule charnière qui s'ouvre, révélant en son milieu une veille photo noir et blanc d'un enfant. Une photo familière, qui, agrandie, se trouve dans un cadre noir sur la cheminée chez son arrière-grand-mère.

"Où as-tu trouvé cela ? " demande sa mère. Corentin lui explique. "Ton arrière-grand-mère l'avait perdu au cours de ses nombreux déménagements… Elle y tenait beaucoup. La photo à l'intérieur de l'œuf est celle de son petit frère mort avant la guerre. Je n'avais jamais vu ce bijou mais j'en avais entendu parler…"

L'après-midi, Corentin et ses parents vont chez l'aïeule lui donner le bijou. Pour elle, ce fut un dimanche de Pâques inoubliable et pour Corentin les baisers reçus furent plus affectueux que ceux jamais reçus par Luc.

Dans la famille, on s'interrogea et finalement, personne ne put expliquer comment le petit œuf en or s'était retrouvé sur la terrasse.

dimanche 10 avril 2011

Haïkus d'avril


Un poisson d'avril
Dans le dos d'un Allemand
Audace de guerre


Odeur de jacinthe
Avant la première tonte
J'en rêvais déjà


Petite souris
Toutes les femmes s'enfuient
Quand tu apparais


Mouette et canard
Côte à côte sur la Sambre
Es-tu amoureux ?


L'oiseau sur la branche
En-dessous du vieux poirier
Le chat aux aguets


Odeur de printemps
Les rangées de jacinthes
Bleuissent les yeux


Mies de biscottes
Sur le miroir du bouillon
Voyage d’avril !


Rayon de soleil
Sur le clavier de l'ordi
La mouche au repos


Les pensées jaunes
Tellement épanouies
~ Tous mes bleus au cœur


Premier barbecue
Le jardin autour de moi
Devient trop petit

lundi 21 mars 2011

En vitrine...


Trois photos prises du même endroit et montrant mon dernier livre en vitrine de la Librairie Huwart à Mont-sur-Marchienne :

Avouez que je suis bien entourée par Françoise Dorin, Alexandre Jardin, Harlan Coben et le guide Michelin !



La semaine prochaine ce sera au tour du livre de Louis.

Merci Monsieur Huwart !

mercredi 16 mars 2011

Le bibliothécaire parle de moi !

.


La revue Le Bibliothécaire consacre une page à mon livre "Le magasin de contes".

Voici l'article suivi de la critique d'Anne Piéroux :

LE MAGASIN DE CONTES / Micheline BOLAND.-
Barry : Chloé des Lys, 2010.- 157 p. ; 21 cm.- Isbn : 978-2-87459-491-5.- 20.70 €.-

L’auteure :

Dès l'école primaire, les rédactions proposées en classe ont déjà été pour Micheline Boland des incitations à l'écriture. De la classique description de lieux ou d'objets, Micheline passait volontiers aux personnages qui y évoluaient ou qui les manipulaient. Ainsi, la cuisine décrite par Micheline était la cuisine où sa mère s'affairait en chantant et en parlant avec sa fille qui lui servait à l'occasion de petite main ! Micheline prenait plaisir à refaire chez elle, des rédactions comparables à celles imaginées en classe. Par exemple, l'institutrice demandait de décrire une cuisine ou un jardin. Durant ses loisirs, Micheline avait à coeur de décrire aussi, la salle de bains et le salon, un verger ou une plage. À l'époque, tous ces textes étaient écrits avec une touche sur une ardoise. Il n'en reste donc aucune trace mais les bons résultats obtenus en rédaction et dissertation, les appréciations de ses parents, grands-parents, parrain et marraine l'ont encouragée à poursuivre !

À partir de l'adolescence, Micheline a participé à des anthologie de poésie, à des revues littéraires publiant des nouvelles de jeunes auteurs, à la rubrique réservée aux jeunes poètes dans des journaux comme le Soir, la Cité ou le Peuple.

Après des études de psychologie, Micheline a travaillé comme psychologue dans un centre PMS. Elle a également suivi une longue formation de maître-praticienne en programmation neuro-linguistique (P.N.L.).

À partir de son expérience, elle a écrit divers articles de psychologie appliquée pour des revues (articles relatifs aux régimes, aux examens, à l'ennui, à l'immobilisation par exemple). Certains ont été publiés en Belgique et en France. Son souci était d'aider des personnes à trouver des stratégies plus adéquates pour faire face à leurs problèmes ou difficultés. On peut retrouver ce souci dans certains contes ou poèmes parus dans ses livres et dans un journal publicitaire de la région de Charleroi.

Micheline a écrit des contes, puis elle a décidé de les présenter oralement notamment lors du concours de contes de Surice (Province de Namur) où elle a été de nombreuses fois finaliste. Se retrouver devant un public attentif lui est toujours agréable et particulièrement avec les enfants dont les yeux brillent en l'écoutant…

Elle a publié sept livres aux éditions Chloé des Lys à Barry, bientôt un huitième. Elle a participé à des recueils collectifs chez d'autres éditeurs et est active sur différents sites Internet de poésie, surtout de haïkus, ces courts poèmes d'inspiration japonaise.

Comme celui-ci qui est un bon résumé de sa philosophie littéraire :
Une plume glisse,
Une histoire et puis une autre
Qui y goûtera ?

Le livre :

Lorsqu'on franchit la porte du magasin de contes de Micheline, ça sent bon le feu de bois, le chocolat chaud et les gâteaux, les spéculoos.

L'espace est rempli de chaleur, celle de notre famille, mais aussi de souvenirs, ceux qu'on a partagés dans la nature ou lors des fêtes. Ça nous fait remonter à notre enfance et aux joies des plaisirs simples.

C'est d'ailleurs le thème du conte "La couturière" que j'ai particulièrement apprécié pour son rythme et sa morale. En effet, le texte est ponctué d'une ritournelle "Et tip et tap, et tip et tap…" Grâce à celle-ci, on s'imagine la couturière marcher de porte en porte pour chercher du travail. "Et tip et tap, et tip et tap…" Elle parcourt bois et champs et se réjouit des petits cadeaux que la vie lui offre. Malgré sa misère, elle vit heureuse et ne profite pas de la situation même lorsqu'elle découvre une pièce en or.

Micheline, nous fait découvrir "SA" nature, celle qu'elle voit avec ses yeux de raconteuse. Le tilleul qui se trouve sur toutes les places communales devient le colporteur de rumeurs du village. L'écureuil que l'on connaît pour ses provisions est en réalité tellement distrait qu'il en oublie où il les cache. C'est pour cela qu'il doit multiplier les coins. Le marronnier malade s'offre un dernier sursis en proposant un trésor au bûcheron qui doit l'abattre. Le cerisier du jardin de Vinciane reste son ami, son soutien malgré les années qui passent et la trahison. Et les souris, me dites-vous ! Eh bien, les souris, elles déménagent !

L'auteure nous parle aussi des nombreuses fêtes qui jalonnent l'année : la Saint-Nicolas, la Noël, le carnaval, Pâques. Pour chacune, elle a inventé une histoire qui nous renvoie finalement à notre propre histoire. Ces textes lui ressemblent : Ils sont frais, souvent heureux, remplis de bons sentiments, d'amour et d'humour. Ils chantent, après tout, que le monde est plutôt doux, que la vie vaut la peine d'être vécue même face à l'adversité. Assurément, un bon bol d'oxygène ! D'ailleurs, tout en les lisant, il me semble qu'il m'est arrivé d'entendre Micheline me les contant.

Voilà pourquoi, il ne faut pas hésiter un seul instant à franchir le seuil de la porte du magasin de contes !

Anne Piéroux, professeur de français

jeudi 24 février 2011

Le huitième...




Pour la huitième fois, un de mes livres va voir le jour dans les prochaines semaines...

Ce n'est plus l'angoisse du premier en 2004 mais l'impatience est toujours là et surtout le désir de faire partager mes écrits à mes fidèles lecteurs !

"Humeurs grises Nouvelles Noires", 150 pages pour 18 nouvelles et toujours le même éditeur, Chloé des Lys.

Dès la parution officielle, je vous tiendrai au courant, bien sûr !

jeudi 27 janvier 2011

Petits contes philosophiques


Je viens de suivre une formation avec Michel Piquemal, conteur philosophe... Voici trois textes que j'ai écrits à cette occasion.

POURQUOI LA GIRAFE A LA PEAU TACHÉE ?

Il était un temps où la girafe avait le pelage uni. La girafe se plaignait beaucoup de sa condition et, voyant les autres animaux de la savane, en concluait que tous avaient, bien plus qu'elle, été avantagés par le Créateur.

"Oh, ce n'est pas possible, ce long cou à supporter me fatigue, me fatigue, me fatigue. Si encore, ce cou m'apportait une beauté spéciale ou faisait peur aux autres. Mais là, je n'en subis que les inconvénients. Ah si j'étais belle comme un zèbre ou comme un guépard. Si l'on excepte ce fichu cou, je suis tellement ordinaire !"

Ainsi, la girafe à longueur de journée, de semaine, de mois ne cesse de jalouser les autres animaux et de se morfondre…

Un jour, n'y tenant plus, elle demande au zèbre : "Comment se fait-il que tu aies une si belle robe ? Qu'as-tu fait pour cela ?"

Le zèbre réfléchit… Dire la vérité, lui le modeste, il ne l'ose pas. Parce que la vérité c'est qu'un de ses lointains ancêtres a réalisé un acte de bravoure. Ce lointain ancêtre s'était, en effet, arraché des lambeaux de peau aux broussailles de la savane pour parvenir à en faire sortir quelques lionceaux joueurs et inconscients qui s'étaient réfugiés en un endroit hors d'atteinte de leur mère. Le sang qui coulait des blessures avait séché, laissant des traces noires sur la peau blanche. Des traces indélébiles transmises aux générations suivantes par le Très Haut.

Le zèbre interrogé doit faire vite. Devant ses yeux se trouve une mare presque asséchée, alors le zèbre répond : "Hum, après la fin de la saison des pluies, alors que j'avais quelques jours, ma mère m'a baigné dans la boue. C'est une tradition familiale. Voilà, tu sais tout !"

Aussitôt, la girafe s'en va se baigner dans la mare. Hélas, celle-ci est polluée et la girafe en sort maculée de taches brunâtres qui, connaissant son caractère chagrin, ne la satisfont qu'à moitié.

Moralité : cessez de polluer les cours d'eau, les mers et les lacs si vous ne désirez pas que les générations futures à la moindre baignade aient le corps marbré comme celui de la girafe.


SI TU VEUX ÊTRE AIMÉ, AIME

Germaine est une petite grenouille bien malheureuse. Elle est moche, des plaques brunes, plus irrégulières que celles de ses sœurs et de ses amies, lui couvrent la peau.

Elle est dotée d'une voix rauque et pousse des "quoi, quoi,…" tellement ridicules ! "Ne touchez pas cette bête, disent les mères à leurs enfants, sans quoi vous aurez des problèmes d'allergie". "Je ne joue pas avec toi, t'es trop laide", disent les autres grenouilles.

Germaine est triste de toutes ces réflexions. Elle pense : "Je n'attire pas la sympathie. On ne m'aime pas et je ne peux rien y changer. Rien ne m'empêche pourtant d'être gentille. Au moins, je serai contente de moi. Et puis qui sait, peut-être, un jour trouverais-je ainsi une amie ou un mari…"

Alors, un jour qu'elle observe un oiseau chercher pitoyablement à attraper un insecte, elle fait quelque bonds et lui ramène une belle mouche… "Oh merci, ma douce", fait l'oiseau.

Après avoir aidé cet oiseau, elle secourt des oisillons encore peu expérimentés, leur présentant collés sur sa langue de délicieux insectes dont elle aurait pu faire bonne chère.

Un autre jour, elle voit une vieille grand-mère qui pleure et gémit près de la mare. "Oh mon pauvre Jules, parti trop tôt !" Alors Germaine pour consoler la vieille coasse : "Quoi, quoi…" et la vieille, dont l'audition est mauvaise, comprend "Crois, crois…"? La vieille reprend aussitôt courage. "Oui, mon Jules, je crois bien que je te retrouverai là-haut…", fait-elle avec un petit sourire.

Un autre jour encore, elle réalise mille sauts périlleux pour distraire une de ses sœurs immobilisée par une patte cassée.

Un peu plus tard, en quelques bonds, elle transporte un petit escargot qui avait rendez-vous à l'autre bout du jardin.

Un beau matin, la petite grenouille, entend, Maurice, un de ses lointains cousins avouer à son frère en rougissant : "Je l'aime bien Germaine, elle est si charmante et serviable… Je crois bien que j'en suis dingue amoureux."

Par sa douceur et par sa compassion, Germaine avait séduit Maurice et un peu plus tard, celui-ci la demanda en mariage.


POURQUOI LES CERFS ONT-ILS DES BOIS ?

De tous temps, les cerfs ont vécu dans les forêts. De tous temps, ils ont eu conscience de leurs innombrables qualités. Rapides à la course, élégants, souples, ils se considéraient comme les seigneurs des forêts.

Mais un jour, l'un d'eux surpris une conversation entre deux chênes : "Il n'y a que nous, mon cher, qui puissions inspirer le respect de toute la création. Nous sommes beaux, enfin je veux dire, magnifiques, splendides, admirables. Nous vivons très, très longtemps. Personne ne peut rivaliser avec nous… J'oserais même affirmer que nous pourrions prétendre concurrencer le dieu des forêts si nous étions plus audacieux." "Pour sûr, pour sûr", approuvait l'autre chêne en gonflant son feuillage.

Alors le cerf, furieux qu'un arbre s'attribue la place qu'il lui semblait revenir, alla tout rapporter de cette conversation au dieu des forêts.

"Ah les gredins", tonna celui-ci, je vais prendre quelque sanction bien sentie à leur égard. Et toi, je veux te récompenser pour ta loyauté. Que puis-je pour toi, mon ami ?"

"Orner ma tête de bois, Monseigneur" fit le cerf qui espérait ainsi rabattre le caquet des chênes.

C'est depuis ce temps, paraît-il, que les cerfs mâles portent des bois et que les chênes sont pourvus de feuilles caduques et non plus persistantes comme ils l'étaient jadis.

dimanche 16 janvier 2011

Se voiler la face


De l'origine de l'expression...

Il y avait jadis une jeune et jolie princesse, Isabelle. Elle tomba amoureuse de Pierre, le premier palefrenier de son père. Il faut dire que c'était un fort bel homme : grand, le teint mat, les yeux légèrement dorés, il avait un port de tête noble et se déplaçait de manière élégante. De plus, cet homme avait un caractère doux, social, enjoué, serviable et se montrait cultivé. Il parlait d'une voix grave et chantonnait volontiers en pansant les chevaux. Le cœur de la jeune princesse battait la chamade et ses joues s'empourpraient quand elle le croisait ou l'entendait.

Pierre, de son côté, n'était évidemment pas indifférent aux charmes d'Isabelle…

La jeune princesse était désespérée car son père la destinait au prince Nicolas, un prince héritier aussi hautain que sot, aussi laid que riche et qui avait plus du double de son âge. Le prince Nicolas louchait, bégayait, sentait le tabac et ses joues étaient couperosées comme celles de certains vieux ivrognes. Mais comme elle était une princesse de devoir, Isabelle s'apprêtait à sacrifier sa vie sentimentale aux alliances politiques voulues par son père.

"Fais attention ma sœur", lui dit son aînée, un jour qu'elle l'avait vue converser longuement avec Nicolas. "Ta voix et surtout ton visage te trahissent. On remarque que cet homme te déplaît. Tu fais la moue à chacune de ses paroles…"

"Faites attention, ma douce enfant", lui dit sa grand-mère, la reine douairière. "Je vous ai vue plisser le nez en signe de dégoût alors que Nicolas vous complimentait. Si votre promis venait à s'en apercevoir, cela ferait mauvais effet."

Alors, Isabelle, prit la résolution de ne plus rencontrer son fiancé que le visage voilé d'un tissu très fin, orné d'une dentelle délicate, d'une teinte assortie à la couleur de sa robe. Derrière ce voile, il lui arrivait de rire des sottises que disait Nicolas, de sourciller, de grimacer tout à son aise… Elle prit conscience que le voile offrait aussi un autre avantage : il rendait moins visible le visage disgracieux de son promis et le lui rendait ainsi un peu plus supportable.

Ses parents demandèrent à Isabelle quelles étaient les raisons du port de cet étrange ornement : "Mes chers parents, répondit-elle, j'en entendu notre premier ministre dire qu'il fallait assurer la survie de nos industries textiles qui périclitent ces derniers temps. En lançant cette mode, j'espère les sauver…"

Le prince Nicolas qui je vous l'ai dit était un imbécile, jugea que sa promise était sûrement atteinte d'une maladie dermatologique. Il ne crut pas un mot des royales explications et refusa d'encore épouser Isabelle sous le prétexte qu'il ne voulait pas pour reine d'une personne qui se voilait la face devant ses sujets et suivait des coutumes étrangères.

Mais vous comme moi, nous savons qu'Isabelle ne portait ce voile que pour dissimuler ses réactions et voir de manière plus floue cet homme qui ne lui plaisait pas du tout… L'expression est restée jusqu'à nos jours : on dit qu'on se voile la face quand on s'arrange pour ne pas voir ce qui ne nous convient pas.

Ah j'oubliais, comme la jeune princesse ne devait plus épouser le prince Nicolas, elle put épouser Pierre… Pierre et Isabelle se marièrent, furent très heureux et eurent deux enfants beaux comme le jour, intelligents et bons comme l'étaient leurs parents.

Exercice fait à l'atelier d'écriture du 10 janvier.

jeudi 23 décembre 2010

Conte de Noël



Le bonnet du Père Noël a de curieuses propriétés, jugez plutôt !


LE BONNET DE PÈRE NOËL

Pour être radin, Benjamin était radin ! Pourtant, voilà plus de trois mois qu'il avait un emploi plutôt bien rémunéré et qu'il aurait pu se permettre quelques achats futiles, de ces achats impulsifs qu'on ne fait que pour s'offrir ou offrir à quelqu'un d'autre un petit plaisir de saison.

Mais comme en plus d'être radin, Benjamin était conformiste, il était désireux de suivre le mot d'ordre des copains : porter un bonnet de Père Noël pour participer à la soirée organisée par le club de volley. Ceci expliquait qu'en ce quinze décembre, il furetait dans la solderie pour y dénicher un bonnet le meilleur marché possible.

Il a trouvé ce qu'il lui fallait dans le panier aux "bonnes affaires": un bonnet un peu défraîchi, maculé d'une petite auréole grisâtre en vente pour un prix dérisoire.

À la caisse, la jeune préposée lui dit : "Oh celui-là, on vous l'offre. Il a été oublié par un client venu en acheter un neuf !"

Benjamin était tellement ravi qu'il mit aussitôt le couvre-chef. Il n'avait pas fait dix pas, qu'il rencontra un mendiant. Chose qu'il ne faisait jamais, Benjamin glissa sa main en poche et en retira une pièce qu'il déposa dans le gobelet du pauvre homme. Un peu plus loin, à la vitrine d'un fleuriste, il vit une belle jacinthe blanche dans un pot doré. Il entra dans la boutique et acheta la fleur pour en faire cadeau à sa petite amie. Et tout au long de la route qui le ramenait chez lui, il acheta deux grosses boules de Noël rouges pour sa mère, un stylo fluorescent pour son jeune frère, un porte-clefs en forme de balle de golf pour son père, un CD pour lui et un paquet de bonbons pour sa filleule.

Rentré dans son studio, il ôta son bonnet et là, il comprit qu'il venait de réaliser des folies que deux heures plus tôt il n'aurait jamais commises.

Le 18 décembre, il se rendit à la soirée avec son bonnet sur la tête et de nouveau, sans pourtant en prendre conscience, il se montra beaucoup plus généreux que d'ordinaire. Il acheta un paquet de cartes de vœux et un calendrier vendus au profit d'une bonne œuvre et lorsqu'on décida de partager les frais, il arrondit sa participation au chiffre supérieur.

Sitôt rentré chez lui le bonnet accroché au portemanteau, de nouveau, il considéra les choses sous un autre regard et se mit à regretter amèrement ses dépenses excessives.

Le lendemain matin, il neigeait lorsqu'il partit chez le boulanger. Il mit donc le bonnet rouge. Chemin faisant, il croisa le père Noël qui l'aborda joyeusement : "Salut jeune homme ! Oh je vois que tu portes mon vieux bonnet. Heureux qu'il soit encore utile !" Benjamin répondit par un sourire. Mais voyez-vous, il se demande, à présent, si ce fameux bonnet n'est pas à l'origine de son comportement dépensier ! Et moi, qui connais cette histoire, je me demande si ce n'est pas son bonnet qui rend Père Noël tellement généreux !


dimanche 19 décembre 2010

Surice et son concours 2010

Pour cause de neige, nous ne sommes pas allés à la finale du concours de contes de Surice pour laquelle j'avais été sélectionnée. Nous avions décidé de dire ce conte à deux (comme le veut la tradition).

Je vous le livre...

L'AMIE DE LA MESSAGERIE

Histoire d'aujourd'hui, histoire de toujours

C'est le dimanche de la fête des mères et Marie attend assise sur la terrasse derrière sa maison. Une jolie petite maison qui sent bon le propre et l'encaustique.

Le soleil brille, le ciel est bleu et les fleurs du jardin embaument déjà l'air. Milou, le chien des voisins joue, on l'entend qui aboie et court derrière la haie.

Marie attend… Elle attend ainsi depuis le décès d'Albert, son mari. C'est qu'elle ne reçoit guère de visite, Marie. Aujourd'hui pourtant, sa fille, son gendre et leurs deux enfants viennent la fêter. Et cela, ce sera bien mieux qu'un coup de téléphone ou une carte postale envoyée au hasard des vacances.

Marie a préparé deux tartes, l'une au sucre blond, l'autre au corin d'abricots, elle a acheté une bouteille de cidre, celui que sa fille préfère et deux sachets de cuberdons pour ses petits-enfants.

Dans la salle à manger, sur une belle nappe brodée de pois couleur or, elle a dressé une table de rêve : vaisselle blanche en porcelaine fine, couverts d'argent et bougies rouges.

La solitude, la tristesse et la timidité de Marie font peur. Elle fréquente peu les gens du village et arrive difficilement à créer des liens avec eux. Bien sûr, elle salue poliment ses voisins, mais la conversation ne s'étend pas au-delà des banalités de la météo. Bien sûr, il y a le cours d'aquarelle qu'elle suit au foyer culturel, mais elle n'y a pas d'amie.

On sonne à la porte. Marie va ouvrir. La famille est là ! Tout le monde semble hésiter avant d'entrer comme si chacun pressentait que cette visite n'aura rien de joyeux.

Sa fille lui tend un joli paquet rouge :

"Nous avons pensé que cela te sera plus utile que des fleurs ou des chocolats ! Ici, tu es tellement loin de tout…"

Une grosse boîte en carton apparaît sous l'emballage cadeau…

"C'est un téléphone portable. On a choisi un modèle simple, adapté aux seniors. Tu verras les touches sont grandes. Bernard va t'expliquer. Il t'a préparé des petits cartons avec ton numéro afin que tu les distribues autour de toi. On t'a pris un abonnement de six mois et un forfait important pour les communications."

Et Marie passe plus d'une heure avec son gendre. Une heure d'explication, une heure en essais et erreurs, une heure en programmation de numéros. Marie n'y comprend pas grand-chose. C'est tellement inattendu, ce portable. Elle prend quelques notes.

Il est près de dix-sept heures quand on passe à table. Même pas un compliment au sujet des deux tartes. Même pas un merci pour le cidre et les cuberdons. On ne parle que du portable. Ce n'est pas jour de fête des mères, c'est devenu jour de fête des portables !

Avant de partir, Bernard lui propose d'envoyer un dernier SMS. À grand-peine, elle parvient à écrire "tout va bien" et à lui expédier le message. Le portable de son gendre sonne et elle peut y lire les trois mots qu'elle vient de taper !

Il est dix-neuf heures, ils sont partis. Marie a le cœur gros. Elle n'a même pas eu l'occasion de montrer sa dernière aquarelle ni de faire admirer son jardin. Comme ça, juste pour meubler le temps plus que pour mettre son apprentissage à l'épreuve, elle envoie un SMS sur son téléphone fixe. Elle tape simplement "courage", un mot que personne n'a jamais l'idée de lui dire… Qui devinerait que sous ses airs de petite dame comme il faut, il y a de la détresse ?

Dring, dring, Marie décroche, elle entend une voix métallique qui dit "courage". Par habitude, Marie répond "merci". La voix métallique continue. "Franchement, allez, raconte-moi ta journée." Et Marie se confie… La voix poursuit : "Franchement, tu as dû être déçue". Et Marie s'épanche davantage. Quand elle va se coucher, elle se sent tellement légère !

Le lendemain à son lever, Marie vérifie ses messages. Elle en a reçu deux, un de sa fille et un de son gendre. De simples "bonne journée" qui lui font plaisir. Des petits messages comme ceux-là deviendront choses courantes dans la vie de Marie et lui apporteront un peu de chaleur.

Maintenant, quand Marie va au cours d'aquarelle, elle fait comme les autres, elle dépose son portable à côté d'elle. Tout le monde le remarque. Marie raconte…

Maintenant, quand Marie se sent trop seule, elle envoie un SMS sur son téléphone fixe. Et la magie opère, après avoir livré son message, la voix métallique est là et se prête à la conversation. Un conseil revient au fil des jours : "Franchement, ma jolie, sois plus audacieuse !"

Derrière cette voix métallique, Marie a l'impression d'avoir enfin une amie.

Et puis un jour, au cours d'aquarelle, Marie rencontre Léa, une nouvelle élève. Léa parle d'une voix métallique et souvent, elle émaille ses discours de 'franchement' parfois cocasses tant ils sont inappropriés ! Marie acquiert peu à peu la certitude qu'elle s'est fait une amie véritable, que Léa et la femme qui délivre les SMS sur son téléphone fixe ne sont qu'une seule et même personne !

À présent, Marie et Léa se rencontrent en dehors du cours. Elles font des balades, partagent de bons repas et se prêtent des livres.

La discrétion étant une de ses principales qualités, Marie, n'interroge pas Léa au sujet des étranges coïncidences. Elle n'a jamais posé la question qui lui brûlait les lèvres : "T'es qui toi, qui es entrée ainsi dans ma vie…"

Le flou n'a-t-il pas ce charme que trop de précision peut rompre ?

Franchement.
Histoire de communication.
Histoire d'aujourd'hui.
Histoire de toujours.

vendredi 26 novembre 2010

Un bel article !

Bonne nouvelle puisque Pierre Dejardin de l'Avenir a écrit un très bon article au sujet de mon 6e livre.

Il y a quelques jours, il était passé à la maison pour m'interroger sur ces "nouvelles à fleur de peau".

Je trouve qu'il a bien analysé mon univers et que cet article donnera l'envie aux gens d'en savoir plus sur ma petite personne !

D'ailleurs, cet après-midi, une personne qui avait lu le livre sans que je le sache, m'a dit combien elle appréciait l'article et le trouvait très juste !

Et vous, chères lectrices et vous, chers lecteurs, qu'en pensez-vous ?

J'attends vos réactions ici même ou de vive voix...

mardi 16 novembre 2010

Encore une fois !


Bonne nouvelle !

Un de mes contes, celui qui avait été le mieux classé par mon jury international, vient d'être retenu pour la finale du concours de Surice !

J'aime bien ce texte qui s'intitule "L'amie de la messagerie", qui parle de solitude, de communication, de relations familiales et surtout de la magie de l'amitié.

Comme Louis l'indique par ailleurs dans son blog du 15 novembre, il a allégé le texte mais j'ai tenu à garder toutes les petites notes sensorielles. Vous me connaissez, je ne peux m'empêcher de faire la part belle à la nourriture et aux parfums, aux émotions. Des petites corrections seront sans doute encore apportées lors de la formation.

dimanche 31 octobre 2010

UN CHAT POUR LA TOUSSAINT


Toutes les semaines, Rita va sur la tombe de son mari, elle y dépose un bouquet de fleurs cueillies au jardin. Sans craindre le ridicule, elle s'adresse à voix haute au défunt en lui demandant de faire quelque chose pour atténuer son chagrin. "Oh Léon, si tu me vois, de là où tu es, si c'est possible, fais quelque chose pour moi." Eh oui, après cinquante ans de vie commune, la séparation est difficile, le deuil est malaisé à faire ! Bien entendu, au cimetière ou chez elle quand elle parle face à la dernière photo prise de lui, son mari ne lui répond jamais. Cela n'empêche pas Rita de persévérer…

À quelques jours de la Toussaint, elle se rend au cimetière, munie d'une peau de chamois, d'un petit seau et d'un produit nettoyant. Avant de commencer son travail, elle adresse une première supplique à son Léon. Ensuite elle reste de longues minutes, à genoux, s'applique à nettoyer la dalle du mieux qu'elle peut. Quand elle satisfaite de son travail, elle va jeter l'eau sale dans le caniveau non loin de là et rincer la peau. Lorsqu'elle regagne la tombe de son époux, un chat y a pris place. Un beau chat tigré qui ne bronche pas en la regardant ranger son matériel dans le petit seau puis supplier comme à son habitude son cher défunt.

Rita rentre chez elle. En ouvrant la porte de sa maison, elle s'aperçoit que le chat l'a suivie. Sans y être invité, l'animal la précède dans le hall. Le chat est agile, combien plus agile qu'elle ! Avant qu'elle n'ait atteint le séjour, il a déjà pris place dans le fauteuil situé près du feu ouvert.

Rita le caresse en tentant de le persuader de quitter le siège : "Je devine que tu es bien là mais il faut rentrer chez toi. Tes maîtres vont s'inquiéter. Suis-moi puis va les retrouver…" Rita se dirige à pas mesurés vers la porte du hall, l'ouvre mais le chat n'en fait qu'à sa tête. Il est là, il reste là même si elle revient souvent vers lui pour essayer de le persuader de regagner ses pénates. Après avoir utilisé un ton agréable, Rita est devenue plus ferme : "Il se fait tard il faut partir, mon cher !" Rien n'y a fait ! Alors n'écoutant que son cœur, elle lui sert un bol de lait et une assiette contenant un reste de poisson cuit au court bouillon. Lorsque la nuit tombe, elle lui aménage un coin bien à lui dans la cuisine. Rita a posé un vieux coussin bleu dans un grand plateau à fruits en osier et à quelques centimètres de cette couche, un bol d'eau.

Le lendemain matin, elle se rend à l'épicerie, y achète une boîte contenant une préparation au thon et y affiche une annonce pour rechercher le propriétaire du chat.

Les jours passent, Rita achète d'autres boîtes d'aliments pour chat mais ne reçoit aucun coup de fil pour réclamer l'animal.

Sur la tombe de son mari, où elle dépose les dernières roses de son jardin, elle conte toute l'histoire. Quand elle a fini de parler, il lui semble entendre une voix qui lui souffle : "Garde le chat. C'est ton mari qui te l'a envoyé." Rita jette un coup d'œil autour d'elle. Personne sauf le fossoyeur occupé à l'autre bout du cimetière et une silhouette qui a presque atteint la grille d'entrée.

Rita dépose encore une annonce chez le boucher, chez le boulanger, chez le libraire et chez le coiffeur. La sonnerie du téléphone ne se fait entendre que pour déboucher sur une conversation avec sa fille, son amie ou son frère. Toujours pas d'appel concernant le chat ! Alors, plutôt que de placer ailleurs des annonces, Rita décide de garder le chat. Peu à peu elle arrive même à se convaincre que, comme l'a dit la voix, c'est son mari qui le lui a sans doute envoyé. Léon lui a enfin répondu à l'occasion de la Toussaint !

lundi 25 octobre 2010

Une bonne critique


Anne, une amie professeur de français, a eu la gentillesse d'écrire une ciritique à propos de mon "magasin de contes, la voici :

Lorsqu’on franchit la porte du magasin de contes de Micheline, ça sent bon le feu de bois, le chocolat chaud et les gâteaux, des spéculoos.

L’espace est rempli de chaleur, celle de notre famille, mais aussi de souvenirs, ceux qu’on a partagés dans la nature ou lors des fêtes. Ca nous fait remonter à notre enfance et aux joies des plaisirs simples.

C’est d’ailleurs le thème du conte "La couturière" que j’ai particulièrement apprécié pour son rythme et sa morale. En effet, le texte est ponctué d’une ritournelle "Et tip et tap, et tip et tap,…" Grâce à celle-ci, on s’imagine la couturière marcher de porte en porte pour chercher du travail. "Et tip et tap, et tip et tap,…" Elle parcourt bois et champs et se réjouit des petits cadeaux que la vie lui offre. Malgré sa misère, elle vit heureuse et ne profite pas de la situation même lorsqu’elle découvre une pièce en or…

Micheline, nous fait découvrir "SA" nature, celle qu’elle voit avec ses yeux de raconteuse. Le tilleul qui se trouve sur toutes les places communales devient le colporteur de rumeurs du village. L’écureuil que l’on connaît pour ses provisions est en réalité tellement distrait qu’il en oublie où il les cache. C’est pour cela qu’il doit multiplier les coins. Le marronnier malade s’offre un dernier sursis en proposant un trésor au bûcheron qui doit l’abattre. Le cerisier du jardin de Vinciane reste son ami, son soutient malgré les années qui passent et la trahison. Et le souris, me dites-vous ! Eh bien, les souris, elles déménagent !

L’auteure nous parle aussi des nombreuses fêtes qui jalonnent l’année : la Saint-Nicolas, la Noël, le carnaval, Pâques... Pour chacune, elle a inventé une histoire qui nous renvoie finalement à notre propre histoire.

Ces textes lui ressemblent : ils sont frais, souvent heureux, remplis de bons sentiments, d’amour et d’humour. Ils chantent, après tout, que le monde est plutôt doux, que la vie vaut la peine d’être vécue même face à l’adversité. Assurément, un bon bol d’oxygène ! D’ailleurs, tout en les lisant, il me semble qu’il m’est arrivé d’entendre Micheline me les contant.

Voilà pourquoi, il ne faut pas hésiter un seul instant à franchir le seuil de la porte du magasin de contes !

vendredi 1 octobre 2010

L'HUILE DE NOISETTE


Stéphanie ne comprenait pas. Elle se souvenait d'avoir demandé à sa mère de lui mettre de l'huile de noisette dans un flacon, elle se souvenait avoir vu sa mère en transvaser dans un petit récipient rose en plastique, elle se souvenait avoir vu le dit récipient sur la table de la cuisine. Cela faisait deux jours à peine que cela s'était passé et elle n'arrivait pas à retrouver l'huile. Elle avait pourtant vidé le frigo et inspecté l'étagère murale.

C'était vendredi matin et Stéphanie n'envisageait plus d'autres solutions que d'acheter un bidon d'huile en faisant ses courses après son travail. Cet ingrédient lui était indispensable pour réussir la mayonnaise spéciale qui accompagnerait son entrée, du jambon cru et des asperges violettes.

En fin d'après-midi, Stéphanie ne comprenait toujours pas ce qui lui arrivait. Il était dix-sept heures trente. Elle se trouvait devant le rayon "spécialités" de son supermarché où il y avait de l'huile de noix, de pépin de raisin, d'argan, d'avocat, de noix de cajou, de sésame, de bourrache mais pas d'huile de noisette.

Stéphanie décida d'aller jusqu'à la supérette de l'avenue. Là, même observation : il n'y avait aucune bouteille, aucun bidon d'huile de noisette en rayon. Stéphanie comprenait de moins en moins. Elle prit donc son courage à deux mains et se rendit au 'Paradis Bio' un magasin situé loin de chez elle et ne disposant pas de parking… Là aussi impossible de se procurer l'huile recherchée. Il était près de dix-neuf heures quand Stéphanie rentra bredouille chez elle.

Deux jours plus tard, le dimanche, Stéphanie recevrait pour déjeuner Baudouin, son amoureux et Martine, sa future belle-mère. Elle allait passer ce qu'elle considérait comme un test. Il lui fallait réussir à tout prix son repas, se montrer digne d'entrer dans la famille. Depuis trois nuits, Stéphanie dormait mal et se construisait des scénarios catastrophes à propos de la rencontre. Elle se voyait renverser des plats, assaisonner sans modération, servir un vin blanc tiède. Elle s'entendait utiliser des mots inappropriés, bredouiller, bégayer.

Ce repas du dimanche, Stéphanie avait l'intuition qu'il serait pareil à une épreuve éliminatoire. La mère de Baudouin lui apparaissait comme une femme parfaite tout à la fois compétente dans la gestion de sa pharmacie et dans les tâches ménagères, une femme solide qui avait dû assumer seule l'éducation de quatre enfants après le décès accidentel de son mari. Stéphanie n'avait rencontré Martine qu'une seule fois à l'occasion d'une fête de charité. Elle avait senti ses joues rougir quand elle l'avait aperçue, avait bafouillé quand Baudouin les avait présentées l'une à l'autre et ses jambes avaient tremblé lorsqu'elle était allée leur chercher des jus d'orange au bar. Martine lui avait semblé si jolie, si raffinée et tellement sûre d'elle. À vingt-cinq ans Stéphanie, rédactrice dans une administration, pensait qu'elle ne faisait certainement pas le poids face à cette femme d'exception !

Stéphanie rangea ses courses dans la cuisine. C'était étrange, elle avait l'impression que rien ne s'était passé comme elle l'avait souhaité. À présent, les tranches de jambon fumé lui semblaient trop épaisses et les filets de saumon trop petits. Elle regrettait aussi de n'avoir acheté qu'une botte d'asperges et un seul ravier de tomates cerises. Tout était pourtant si simple lorsqu'elle recevait des amis ou ses parents !

Le samedi matin, après être allée chez le coiffeur, Stéphanie décida d'acheter de l'huile de noisette au 'petit Rungis' une épicerie fine qui se trouvait sur sa route.

En entrant dans la boutique, son cœur se serra. Son regard n'arrivait pas à se détacher du jeune homme qui était occupé à décrire une recette de poulet aux citrons à une cliente. Pourtant, elle le connaissait depuis longtemps, Grégoire. Il avait terminé ses études secondaires dans la même classe qu'elle. Grégoire avait été un élève médiocre, timide, mal dans sa peau, passionné de cuisine et seulement de cuisine.

Derrière le comptoir, Grégoire apparaissait comme un homme jovial, sympathique, équilibré. Il souriait, il conseillait la cliente d'une voix ferme et claire. Les mots lui venaient comme ils viennent aux orateurs, aux professeurs, aux acteurs.

Stéphanie se regarda dans le miroir qui était posé contre le mur de droite et qui n'avait sans doute pour but que de donner l'illusion que le magasin était plus grand qu'en réalité. Elle vit son reflet, celui d'une jeune femme terne, aux épaules tombantes ! Elle se compara à Grégoire. Lui et elle avaient évolué dans des directions opposées. Elle avait beau avoir obtenu un diplôme dans une grande école de commerce, travailler depuis trois ans, elle avait les allures d'une adolescente peu confiante en elle !

Lorsque vint son tour, Stéphanie demanda de l'huile de noisette.

"Hélas, je n'en ai plus. Mais je peux t'aider si tu me dis à quoi tu la destines…"

Stéphanie expliqua que c'était pour une mayonnaise un peu spéciale… "Essaye l'huile de pignon de pin, pas pure, mélangée à de l'huile d'olive… L'huile de pignon de pin est très parfumée"

Stéphanie insista : "Tu n'as vraiment pas d'huile de noisette…"

"Non, tout le stock a été vendu avant-hier…"

Stéphanie vit là un signe du destin. Elle ne pouvait rien contre la fatalité. Elle sortit du 'petit Rungis' sans avoir fait d'autre achat qu'un ravier de grosses olives noires. Pour Martine, il n'y aurait ni huile de noisette ni supplément d'asperges. Le sort en avait décidé, Stéphanie ne voulait plus tricher, séduire à tout prix. Ce serait à prendre ou à laisser… Sa cuisine banale, ça passerait ou ça casserait.

Le dimanche, c'est une Martine tout sourire qui sonna chez Stéphanie. Elle portait un simple blue-jean et un t-shirt et proposa même son aide pour desservir. La cuisine banale de Stéphanie eu l'air de lui plaire… En accompagnement du café, Stéphanie servit des loukoums aux noisettes et Martine n'en dégusta aucun, tant, dit-elle, elle avait horreur des noisettes !

samedi 4 septembre 2010

Micheline sur YouTube !


Chloé des Lys, mon éditeur a la chance de compter parmi ses auteurs de véritables artistes ! Et pas seulement au point de vue écriture. Non, il y a aussi des dessinateurs de talent, des musiciens hors pair et aussi des fanas d'Internet à qui rien n'est impossible.

Florian Houdart est de ceux-là et il a très gentiment accepté de passer du temps pour "fabriquer" une vidéo consacrée à... mon univers !

Je vous invite à venir la regarder :
http://www.youtube.com/watch?v=LlSqlR_-phY

Merci Florian et à bientôt... Cela mérite bien un bon verre, non ?

mardi 24 août 2010

Une fois de plus, j'ai fait le clown !



Cette année, du 17 au 22 août, j'ai de nouveau suivi un stage de "clown et masque neutre" organisé dans le cadre des Rencontres Pédagogiques d'Été.


Ce stage de grande qualité était animé par Jacques Bury et Christian Wéry.


Voici le lazzi composé le cinquième jour, peaufiné le sixième avec l'aide des deux formateurs et joué avec David Besschops à la fin du stage.

A : Ça va ?

B : J'ai chaud.
A : Alors enlève ta veste.

B : Mais si j'enlève ma veste je vais avoir froid.
A : Alors garde ta veste.

B : Mais j'ai chaud.
A : Alors enlève ta veste.

B : Mais si j'enlève ma veste je vais avoir froid.
A : Alors garde ta veste.



Le dialogue continue encore et encore. Toutes ces répliques sont redites et amplifiées au fil du temps. Finalement les deux clowns quittent la scène après avoir laissé venir ce qui venait.

Concrètement, le 22 août dans la scène jouée, A termine dans un état de colère, en disant : "Alors fais ce que tu veux et fiche-moi la paix." A et B sortent de scène chacun de leur côté.