mardi 6 mai 2014

Deux récompenses poétiques...



UN JOUR, LA VILLE

 
Un jour couleur de blé se lèvera
Et la ville dévoilera des facettes méconnues.
Les banlieues seront ouvertes sur des jardins d'oiseaux
Et s'épanouiront sur un horizon peuplé d'arbres.
Dans les rues le temps coulera moins vite.
Le presque silence des parcs donnera faim de chants et de musiques.
 
Un jour, la ville portera des habits taillés dans des pans de soleil
Et les rires des enfants déborderont des écoles.
Les papillons donneront leur nom aux rêves
Et les promeneurs auront les poches pleines de joies.
Dans leurs têtes, résonneront des bruissements d'insectes,
Leurs pas suivront les pas de danse des funambules.
 
Un jour, la ville aura le visage de la patience
Et les boutiquiers vendront des instants de quiétude.
L'eau des fontaines s'abandonnera à la tendresse
Et répandra les effluves de parfums délicats.
Des mémoires, s'effacera l'ancienne agitation des hommes.
L'amour sera la matière première de la liberté.
 
Un jour, dans un frémissement de lucidité
La ville offrira à chacun une part de bonheur.
Les citadins s'enivreront des paroles échangées
Et leurs mains rencontreront d'autres mains.
Ils prendront modèle sur l'indolence du chat et son espièglerie.
La violence s'estompera ne laissant que la fougue des mots.
 
Un jour, la ville célébrera les noces de l'herbe et de l'acier,
De la brique et du lierre, de l'intelligence et de l'émotion.
Les saisons y ricocheront comme dans la campagne,
Un jour, les bonnes volontés se cristalliseront.
Un jour, l'utopie libérera les réalités
Et l'espoir s'enroulera autour des hommes.
 

Diplôme d'honneur
Concours Europoésie 2014
Thème libre, poésie libre
Diplôme de la francophonie
 

*****

 
Sous son masque d'ours
Imaginer le Grand Nord
Transpirer si fort.

 
5e prix concours Haïkouest
Masques, mars 2014

 

vendredi 14 février 2014

LE MINEUR AVAIT QUELQUE CHOSE À DIRE…


Vingt-cinq décembre 1990. C'est un train quasiment vide qui arrive à Charleroi et pour une fois sans retard. Durant le trajet, j'ai regardé défiler le paysage, terrils, bords de Sambre et maisons ouvrières en pensant à mon enfance. Tante Agnès m'attend à onze heures quinze précises. Il me reste donc un peu de temps… Je prends un café à la gare, puis je me balade un peu.

La ville est déserte comme l'était Namur à mon départ. Je marche d'abord le long des quais. C'est d'un ennui mortel en ce jour férié. Dans l'eau grise se reflètent quelques pâles rayons de soleil. Pas une seule péniche ! Accoudée à la rambarde, j'espère un zeste d'imprévu. Il n'y a que le calme qui suit la fête et ses folies gastronomiques. J'ai un peu froid. Je décide d'aller vers le centre-ville. J'ai envie d'un autre café ou d'un chocolat chaud… Je suis au milieu du pont lorsque je sens un regard posé sur moi ! L'impression d'être épiée. Il y a là quelque chose de troublant. Je tourne la tête à droite. Je découvre la statue du mineur. Ses yeux fixent l'horizon. Impossible qu'il m'ait remarquée ! Et pourtant, comme il n'y a que lui et moi, qui d'autre aurait pu me regarder ? J'observe ses lèvres, son nez : entre nous, existe une certaine ressemblance. Je reste en tête-à-tête avec lui sans parvenir à m'en éloigner. Nous sommes seuls au monde. Les minutes passent. Je suis anesthésiée. Je n'ai plus froid, je n'ai plus envie de prendre un autre café. La fatigue du réveillon s'est estompée. J'ose me perdre dans la musculature de l'homme, dans les plis du pantalon. Je l'imite, je pose la main gauche sous le menton et lui adresse un clin d'œil de connivence.

C'est le début d'un jeu : pour adopter sa posture, je m'accroupis devant lui. Je fais un signe de la main, puis je feins de partir. Je reviens et reste immobile face à lui.

Il me semble repérer peu à peu de légères modifications dans la tension des lèvres, elles s'entrouvrent imperceptiblement et en s'entrouvrant, elles gonflent légèrement. Le torse se soulève à peine, une respiration très lente. Le pouce s'écarte du menton. Les paupières ont un tremblement infime. C'est une parole susurrée pour moi seule qui s'échappe, mais les mots sont incompréhensibles. Progressivement, tout se remet en place. Le temps s'égrène à un rythme habituel sans que j'en sois consciente. Le manège n'a semblé durer qu'une minute ou deux… Un désir naît en moi : celui de toucher l'homme, de frôler son vêtement pour que sa puissance passe en moi. Cela me semble trop périlleux. J'y renonce…

Un groupe de quatre jeunes s'avance. Il y a des commentaires, des éclats de rire. Rien de bien méchant. J'entends juste : "Les vieux plaisent on dirait…" Ils partent en courant.

De nouveau, nous sommes seuls. J'en ai fini de mes mimiques. Je lui parle comme à quelqu'un de mon entourage. Je lui demande comment il a fait pour endurer son travail tandis que moi, simple enseignante dans le secondaire, je suis souvent stressée avant d'entrer en classe. Je quémande une recette de sagesse. De plus, à bientôt trente ans, je ne suis nulle part dans ma vie sentimentale. Spontanément ma main gauche se pose de nouveau sous mon menton. J'attends et remarque que l'index de l'homme pointe la place Buisset. Je vois là une invitation à poursuivre mon chemin.

C'est alors que je pense regarder l'heure. Déjà onze heures quinze, je suis en retard ! Il est temps d'aller boulevard Tirou où Tante Agnès m'attend pour le traditionnel un repas de Noël en compagnie de Tante Marie-Louise, de son mari et de leurs enfants, la seule famille qui me reste.

"Toujours en retard comme à ton habitude !" Tante Agnès commence à servir le champagne. "Nous t'attendions depuis longtemps Marie-Claude ! Tu ne t'es quand même pas perdue en chemin ?" Je me justifie : "J'ai regardé le mineur sur le pont. Je n'y avais jamais vraiment prêté attention…"

Tante Agnès réagit : "Il paraît que c'est mon grand-père qui a posé pour Constantin Meunier. Du moins, c'est ce que mon père racontait… Une légende familiale."

Vers seize heures, je pars pour la gare. Sur le pont, je m'arrête devant lui.

Ses lèvres s'entrouvrent, deviennent plus charnues. Son menton semble s'affiner tandis que je fixe son visage. Sa main s'élève pour me faire un signe d'adieu. Je me laisse glisser dans une sensation tiède et douce. Ainsi, l'homme m'attendait pour un rendez-vous fixé à travers plusieurs générations et il a repris vie pour moi.

Le 26 octobre 2012, je suis de retour à Charleroi pour l'incinération de Tante Agnès. J'ai de nouveau pris le train. Mon cousin m'a fixé rendez-vous sur le parking de la place Albert. De là, nous partirons pour le crématorium.

Il pleuvine, une péniche passe lentement. Sur le pont, je croise quantité de gens pressés. J'assiste aux préparatifs de départ du mineur. Je m'informe. Il a été enlevé de son socle pour permettre les travaux. Il est posé sur le sol, prêt à être emballé avant d'être emmené en lieu sûr. Je pourrais tenter de le toucher…. Finalement, je l'effleure, mais la magie n'est plus là.


Je tourne autour de lui, puis l'examine de près. Une statue de bronze représentant un mineur, peut-être un de mes ancêtres. C'est une évidence : je reconnais chez lui les joues de ma grand-tante. Il est trop tard pour en parler avec elle. Ces départs simultanés m'apparaissent alors comme d'étranges coïncidences !


lundi 23 décembre 2013

La messe de minuit


Louise avait soixante-neuf ans. Son moral était au plus bas. Son mari était décédé trois ans plus tôt et depuis lors, elle détestait la période des fêtes. Noël approchait et elle avait beau passer la semaine entière chez sa fille, Marion, elle se sentait très seule. L'idée était venue en elle, par surprise, comme une bourrasque ou une averse tandis qu'elle épluchait des crevettes grises.

Aussitôt, elle dit : "Tu sais Marion, c'est décidé cette année, j'irai à la messe de minuit…"

"Quelle idée, Maman ! D'habitude, tu la regardes à la télévision, pourquoi ne le fais-tu pas cette année encore ?"

Louise n'avait aucun argument à avancer. Elle dit simplement : "J'ai envie d'y aller, c'est tout. La météo n'est pas mauvaise, l'église n'est pas si loin…"

"Personne ne voudra t'accompagner, j'en suis sûre."

"Pas question d'aller à pied. Je prendrai ma petite auto…"

Le soir du réveillon, ses petits-enfants n'étaient guère ravis du projet de Louise. Ils regrettaient surtout que les cadeaux ne puissent être ouverts à minuit parce qu'on attendrait le retour de Louise. Quant à Marion et son mari, ils trouvaient stupide d'interrompre le repas… Mais rien n'y faisait : ni les protestations des petits ni la mauvaise humeur de sa fille. À onze heures trente, Louise quitta la maison.

Lorsqu'elle entra dans l'église, la répétition des chants était bien avancée et il ne restait plus qu'une place ou l'autre par ci par là. Elle s'installa au milieu du troisième rang, dérangeant plusieurs personnes afin de gagner une chaise libre. Elle ne connaissait personne au village, mais l'ambiance musicale et la décoration lui plaisaient.

Lorsque le prêtre invita les fidèles à échanger un geste de paix, Louise eut la surprise d'être abordée par Régis, un ami de l'école normale qu'elle n'avait plus vu depuis des lustres.

"Je suis heureuse de te rencontrer. Qu'est-ce que tu fais ici ?"

"Je suis venu par hasard… Je fais des travaux de peinture dans une maison de campagne que je viens d'acheter. Ce matin encore, je n'avais pas prévu de venir."

"Je suis très contente…"

"Et moi donc. Pour une surprise, c'est une surprise !"

Ni Régis ni Louise n'étaient des pratiquants réguliers, ni lui ni elle n'habitaient les environs. Et pourtant, ils s'étaient fixés une sorte de rendez-vous…

Après la messe, ils sont allés boire un chocolat chaud avec les paroissiens ! Ils en avaient des choses à se dire, tellement de choses qu'à midi, Régis est venu prendre l'apéritif chez Marion. Tellement même qu'ils ont passé le réveillon de Saint-Sylvestre ensemble et qu'ils se revus encore et encore…

mardi 10 décembre 2013

Les questions, mes réponses


Si vous avez envie de me voir, si vous voulez connaître les derniers potins à mon sujet, je vous donne rendez-vous Ici

Je répondais aux questions lors du dernier Salon du Livre de Marchienne-au-Pont, dans la très belle Bibliothèque Marguerite Yourcenar.

lundi 18 novembre 2013

Tournai la Page 2013


C'est avec joie que j'ai reçu hier le troisième prix du concours de nouvelles historiques de Tournai pour mon texte "l'enfant au crayon rouge".
  



Pour vous mettre un peu l'eau à la bouche, un extrait du texte :

... "Rentré chez lui, comme tous les soirs, il mangea sa soupe puis il prit un crayon et rédigea quelques phrases dans un cahier. Des semaines plus tard, un dimanche en allant à l'église il trouva un crayon rouge. L'après-midi, il écrivait... Avec ce crayon-là, les idées lui venaient plus vite. Il raconta l'aventure d'un bouveleur qui avait trouvé une pierre précieuse. Il hésita beaucoup à montrer sa petite histoire à son ancien instituteur. Il la fit plutôt lire par Julie, la fille du boulanger, qui la jugea merveilleuse. Monsieur Thomas y trouva quelques fautes et proposa à Pierrot d'envoyer le texte à un certain Émile Zola, un auteur apprécié…" 

mardi 10 septembre 2013

Marseille apprécie mon poème.

.
Ce mois de septembre commence particulièrement bien puisque je viens de recevoir une belle récompense venant de Marseille, où le jury de la Maison de l'Écriture et de la Lecture m'a décerné le troisième prix de son concours de poésie pour : 

MALALA ET SES RÊVES

Malala est sortie de l'hôpital,
Elle ne reste pas prisonnière d'un destin malheureux,
Elle rêve d'amour, non de coup de foudre
Mais de secours et de chaleur humaine.

Malala est la barque qui fend les eaux troubles.
Elle doit lutter encore pour protéger les filles dans les écoles.
Son blog est un bouquet d'idées
Et d'émotions tendu vers le bonheur d'autrui.

Malala est le soleil qui perce les nuages.
Tout le savoir-faire des hommes de guerre
Est peu de chose face à sa volonté.
La voilà, elle regarde le monde bien en face !

Malala est l'ombre de la blanche colombe.
Quel est le poids de la violence vis-à-vis de sa volonté de paix ?
La voix de Malala est unique
Comme l'est chaque parole venue des profondeurs de l'âme.

Malala est l'oiseau qui traverse le ciel.
Du haut de ses quinze ans,
Ses projets ne sont pas caprices de jeunesse,
Ils ont le cachet de la bonté vraie.

Malala est le chef d'orchestre des vagues.
Dans son atelier, l'équipe des militants des droits de l'homme
A applaudi aux prix reçus pour son action.
Ils ne s'y trompent pas, Malala a le cœur pur des preux chevaliers.

Malala est le vent qui parfume la vallée,
Elle veut saupoudrer le monde d'espoir,
Sauver des vies, devenir médecin,
Elle est prête à tout pour y parvenir.

Malala est un bijou rare.
Ô jeunes Afghanes, priez encore pour elle !

.

vendredi 30 août 2013

En direct de Québec


Voici la couverture de Horrifique "Sexyzine de l'horreur" édité au Québec et où un de mes textes est publié !




Ma nouvelle Quarante jours a plu au responsable de cette revue qui a décidé de l'accepter dans le numéro "Femmes de l'étrange".

Pourtant il s'agit plutôt d'une nouvelle fantastique comme je les aime...

.

jeudi 22 août 2013

L'Avenir...






Quand on a la chance d'être contactée par un journaliste, on refuse rarement de le rencontrer. Thomas Léodet est donc venu me rendre visite pour que je lui parle de mon dixième livre "Le nouveau magasin de Contes" et de mes activités présentes et futures. 

Dans "l'Avenir" de ce 22 août, il a écrit un bel article que vous pourrez lire ici :

Grand merci à lui et à vous de l'avoir lu !


jeudi 20 juin 2013

Une note de lecture...


Une note de lecture de mon amie Christine Brunet à propos de "Humeurs grises, nouvelles noires", mon huitième livre :


"Le titre donne le ton... pas gai... pas gai du tout !

Micheline Boland n'a pas son pareil pour croquer les travers de l'âme humaine et dans ce recueil, le croquis ébranle. Les acteurs sont plus vrais que nature, les situations également, et le lecteur se surprend à se poser des questions : "Dans la même situation, ça pourrait m'arriver... Il faudra être vigilant..."

Des nouvelles plus noires les unes que les autres, plus torturées. Les personnages, tiraillés par la jalousie, la peur, la haine... choisissent tous la solution ultime : la mort pour eux... ou pour les autres en réponse immédiate au désespoir, au rejet ou à un acte prémédité censé les affranchir... de l'autre menaçant. (Il y a toujours ce regard "violent" vers l'autre ou de l'autre).

Ne croyez pas ressortir indemne de ce voyage, ce serait peine perdue !

A ne pas lire si vous êtes dépressif... A savourer en gardant votre esprit ouvert et critique envers la nature torturée de l'être humain.

Bon, vous avez compris, j'ai adoré ! Je l'ai lu d'une seule traite en deux petites heures..."


Merci Christine !
.

jeudi 30 mai 2013

Il est paru...


"Le nouveau magasin de contes" vient de sortir. Il s'agit de mon dixième livre !

En vente dans les librairies habituelles et chez moi avec l'assurance d'une dédicace personnalisée...

Des contes pour petits et grands. Avec plein de sujets abordés : la communication, Noël (un grand classique), l'enfance, les animaux, les arbres... Plus de quarante contes à lire ou à dire.



vendredi 26 avril 2013

Traduttore, traditore ?

.
Un texte de l'atelier d'écriture

Elle agitait les mains, on aurait dit deux oiseaux. Ses yeux souriaient.


Il la regardait traduire ainsi les paroles du guide. Il avait envie de répondre aux doigts qui se croisaient, aux bras qui s'avançaient, aux phalanges qui se pliaient. Du bout de l'index et du majeur, il lui envoya un baiser.


Après la visite, il fut le dernier à passer devant elle. Il l'invita à boire un café et elle accepta. Elle lui parla davantage avec des gestes qu'avec des mots. C'était comme une habitude chez elle.


Il n'avait pas encore appris à dire "je t'aime" dans le langage des signes mais il y parviendrait un jour, il en était certain. Il s'en donnerait le temps.


samedi 6 avril 2013

L'Avenir parle de nous...


On parle de nous dans le journal...

Pour fêter les sorties de deux de nos livres, Pierre Dejardin a écrit un bel article dans "L'Avenir" : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130311_00280167

Que l'on se rassure dans les chaumières, ni Louis ni moi n'avons l'intention de dormir sur nos lauriers.

Nos prochains livres paraîtront en fin d'année !

mardi 5 mars 2013

BOOMERANG


Lison fête ses 8 ans…

Un jour, un cadeau, une rencontre… Le cœur de Lison bat très fort lorsque son grand-père lui tend le paquet. Un joli papier d'emballage avec des papillons bleus sur fond rouge feu. Lison découvre son cadeau : un boîte en carton… Sitôt enlevé le couvercle, elle l'admire pour la première fois. Lui, le cochon en porcelaine jaune garni de quelques marguerites.

"C'est une tirelire, ma chérie. J'espère que tu y mettras beaucoup de petites pièces et que tu pourras alors acheter le lit-bâteau dont tu rêves."

"Merci Papy !"

Lison tourne et retourne l'objet dans tous les sens. Son regard est surtout attiré par la large fente sur laquelle elle passe inlassablement le doigt. Elle secoue la bête mais aucun bruit ne vient.

Sa grand-mère l'appelle : "Viens ma Lison, je vais te donner une pièce pour commencer à le garnir." Lison prend les 50 francs, donne un bisou à sa mamy. Elle serait bien tentée d'utiliser cet argent à l'achat de bonbons mais voilà son grand-père a dit qu'il fallait remplir la tirelire.

Les jours passent. Lison regarde plus souvent le sol que le ciel. La moindre piécette est destinée au cochon et elle en trouve des piécettes Lison ! Comme elle aime le bruit de la monnaie qui s'entrechoque. Comme elle aime sentir la petite bête jaune qui s'alourdit au fil du temps.

Il n'est plus question de se laisser aller à l'achat impulsif d'une sucette, d'une revue enfantine ni même d'acheter quelque chose pour la fête des pères ou celle des mères. Un sou est un sou. Lison cultive l'art d'offrir ce qui ne coûte rien : un dessin personnel, un collier en coquillages, un bricolage réalisé avec du papier journal coloré.

La priorité de Lison c'est de remplir cette chose qu'elle a déposée sur sa table de nuit et qu'elle caresse comme l'on caresserait un amoureux. Lison est devenue insensible au vieux mendiant qui tend sa sébile à la sortie du supermarché. Thésauriser, tel est le but de sa vie.

Un jour la tentation est trop forte, Lison dérobe quelques pièces rouges dans le porte-monnaie de sa mère. Il faut ce qu'il faut. Lison prendra encore quelques sous chez elle, à l'école, chez des amies.

Lison fête ses 30 ans et son grand-père ses 93 ans

Lison reçoit la famille pour l'occasion. Ce sera un toast aux champignons des bois suivi d'une pintade aux abricots puis d'une crème vanille. Il lui restait du pain rassis. Les champignons des bois, elle les a cueillis elle-même, la pintade elle était en super promotion, 2 kgs ½ pour le prix d'un. Lison ne résiste pas aux promotions ! Elle aime plus que tout voir s'arrondir son compte en banque. Elle a préparé un toast spécial pour Papy qui n'a plus un sens du goût aiguisé comme il l'avait jadis.

Lison a 30 ans et un jour

Lison pleure son Papy. Il est mort soudainement durant la nuit. Lison pleure mais sourit un peu. Son Papy ne lui a-t-il pas promis qu'il lui léguerait sa collection de pièces anciennes ?

Lison est certaine que son grand-père de là-haut est très fier d'elle !


jeudi 14 février 2013

La mer



Comme vous le savez, j'apprécie les haïkus !

De temps en temps, un jury de concours en remarque un et j'en suis toujours très heureuse. Voici le petit dernier, Grand Prix International "Charles Le Quintrec" :


Retour de pêcheurs
Je respire à pleins poumons
De bons souvenirs.

 .

jeudi 24 janvier 2013

Les fort(e)s en gueule



DÉRAPAGE




Elle s'appelait Adelaïde Matthews. Elle était fille de pasteur et cuisinière chez les Smith. Son bonheur, c'était de transformer les repas en des moments de fête. Les Smith la complimentaient au sujet de ses petits plats et cela lui faisait oublier qu'elle n'était ni bien jolie ni bien riche. Quand, pour servir à table, elle revêtait son tablier blanc garni de dentelle anglaise, elle se trouvait quelque grâce. Ses yeux bruns souriaient lorsque les enfants, John et Mary, se pourléchaient les babines, lorsque, l'air gourmand, ils quémandaient un morceau de gâteau, lorsque des invités disaient : "Adelaïde, vous êtes un vrai cordon-bleu !" Sa plus belle récompense, c'étaient les baisers des deux enfants.

Cet été 1924, son existence fut bouleversée par l'arrivée de Tom, 12 ans, qui était le neveu des patrons et qui surnomma aussitôt Adelaïde, "le corbeau". Ce garçon effronté s'amusait à faire rouler des œufs sur la table de cuisine, à cacher les pots d'épices, à vider la salière dans une sauce, à courir au jardin en emportant la casserole dont elle avait besoin. John et Mary trouvaient ces comportements fort comiques. Parfois, Madame, avertie par les cris des enfants, venait gronder Tom mais il continuait ses persécutions.

Madame demanda à Adelaïde de patienter : "Cet enfant est malheureux. Sa mère est gravement malade. Soyez compréhensive."

La vie était devenue si difficile à supporter ! Pourtant, pour plaire à sa maîtresse, Adelaïde encaissait sans broncher jusqu'au jour où Tom, ouvrit le four et y lança des grains de poivre, en criant : "T'es pas un corbeau, t'es une sorcière !" Adelaïde, la douce, la placide Adelaïde empoigna Tom et le poussa à l'intérieur de l'antre brûlant.

Ce matin-là, le gamin et la femme avaient franchi les portes de l'enfer, chacun à leur façon…



mardi 22 janvier 2013

Les fort(e)s en gueule


UN CRIME



En moi, Élise Rolfell, il n'y a que la honte : la honte de ma jalousie dévoilée, la honte de n'avoir pas été préférée à une femme si ordinaire, la honte d'être rongée par la haine. Je garde les yeux fixés sur mes mains comme je le faisais lorsque ma mère me grondait.

Je suis seule comme le chien égaré et l'arbre malingre dans la forêt. Seule et coupable puisque j'ai tué Nelly au premier étage du Grand Hôtel de Vittel où nous séjournions. Hier matin, je l'ai attendue. Quand elle est sortie de sa chambre, je l'ai saluée, je l'ai suivie dans le couloir. Elle est passée dans le petit salon. J'ai saisi la statuette en bronze sur le guéridon et de toutes mes forces, j'ai frappé. Le premier coup m'a libérée. J'ai frappé encore et encore… Toute la nuit, j'avais rêvé de ce moment. À présent, les scènes de mon théâtre intérieur et la réalité se ressemblent étrangement.

Paul, mon mari, avait rencontré Nelly au Pavillon de la Grande Source. J'avais été le témoin des premiers mots échangés. Tandis qu'elle buvait à petites gorgées, Nelly avait lancé à la cantonade : "Je n'y crois plus. Cette eau n'a aucun effet sur moi." C'était d'un vulgaire de s'adresser ainsi à des inconnus ! Paul avait réagi : "Continuez la cure. Au petit déjeuner, on m'a parlé de gens débarrassés de leurs maux en quelques jours." Elle avait minaudé : "Merci Monsieur".

Depuis lors, nous la croisions partout : à l'hôtel, dans le parc, dans la galerie thermale, en ville ! Chaque sourire et chaque parole que Paul lui adressait, chaque baisemain m'étaient un crève-coeur. Je sentais que Paul commençait à m'échapper ! Et puis, un matin, je les ai surpris qui s'embrassaient dans la roseraie. C'en était trop.

Je n'éprouve aucun remords, j'ai seulement honte.


lundi 24 décembre 2012

PÈRE NOËL ET LE RAMONEUR


Cette année-là, décembre était doux, très doux même. Paul, le ramoneur, s'affairait encore dans toute la région. Il avait pris du retard suite à une mauvaise grippe contractée à la fin de l'été et mettait les bouchées doubles pour en avoir fini avant les rigueurs de l'hiver.

Le vingt-quatre décembre, il se trouvait sur le toit d'une maison, penché au-dessus d'une cheminée et armé d'une longue brosse, lorsque père Noël apparut. La cheminée ne pouvait être accessible en même temps aux deux hommes. Compte tenu de la date, père Noël estimait avoir la priorité sur l'artisan mais il fut pris de pitié en voyant Paul, le dos voûté, le visage noir, les habits tachés et le souffle court.

"Alors, mon pauvre gars, qu'est-ce qui se passe ? Tu travailles une veille de Noël, c'est la première fois que je rencontre quelqu'un d'aussi vaillant que toi."

En quelques mots, Paul justifia sa présence : il parla de sa mauvaise grippe, du retard pris, des clients habituels à ne pas décevoir.

Soudain, une lueur apparut dans les yeux de père Noël. "Je vais faire quelque chose pour toi mais il faudra attendre la fin de ma tournée", dit-il le sourire aux lèvres.

La brosse fut remontée et père Noël descendit déposer ses cadeaux avant de s'en aller vers d'autres cheminées…

Comme convenu, Paul attendit le retour de père Noël dans le petit bistrot situé à quelques pas de la maison où ils s'étaient rencontrés.

Des heures plus tard, au petit jour, père Noël arriva chargé d'un gros cadeau. C'était un aspirateur à suie que Paul pouvait actionner en appuyant sur une pédale, l'ancêtre de celui que tous les ramoneurs utilisent de nos jours. Père Noël l'avait conçu et avait demandé à son armée de lutins de le fabriquer au plus vite.

Paul fut le premier à tester ce type d'appareil qui l'aida à finir sa besogne, rapidement et sans gros effort, avant la neige de janvier. Lorsqu'on le vit utiliser la drôle de machine, on interrogea Paul. Il répondit que c'était un ami disparu qui l'avait inventée.

La suite chacun la connaît : des bricoleurs de génie ont pris le relais et ont progressivement amélioré l'appareil.


mardi 13 novembre 2012

Les petits carnets


Tous le mercredis vers onze heures, elle venait à la librairie. Elle jetait toujours un coup d'œil aux petits carnets avant d'acheter le magazine féminin auquel elle était fidèle. Parfois, elle faisait un commentaire au sujet du sommaire comme si elle avait voulu me convaincre de lire l'un ou l'autre article. Avant de sortir du magasin, elle allait voir les stylos. Il lui arriva d'en choisir un, le plus cher, de revenir au comptoir pour le payer et de demander un emballage cadeau : "C'est pour moi mais j'aime m'offrir de jolies choses", commenta-t-elle. Une autre fois, en plus du magazine, elle acheta une boîte en bois vernis. Sans qu'elle n'ait rien dit de particulier, je fis un emballage cadeau. Elle était jeune, rousse et belle mais son regard d'un vert délavé me semblait si mélancolique.

Ma fille, qui l'avait juste croisée à maintes reprises, la trouva chaque fois occupée à caresser des carnets ou des stylos. Elle me dit qu’elle la trouvait fort bizarre. Elle l'avait vue choisir des fruits et des légumes à la supérette après les avoir secoués comme des maracas. Elle l'avait entendue parler aux pigeons de la place. "T'as remarqué, elle touche à tout dans la boutique. Heureusement que c'est une cliente régulière sans quoi j'interviendrais et perdrais mon amabilité !", avait-elle conclu.

Ce mercredi-là, la jeune femme chercha vainement son porte-monnaie. Après avoir fouillé dans son sac et ses poches, elle me dit tout embarrassée : "Je n'ai pas un sou sur moi. Il n'y a que le mercredi que je peux faire mes courses. Vous voulez bien garder la revue jusqu'à la semaine prochaine ?" Je répondis en souriant : "Emportez-la. La maison vous fera crédit jusque là." Elle répondit : "Et si j'avais un empêchement ?" "Alors ce sera pour le mercredi suivant. Je vous connais, n'est-ce pas ?" "Mon nom est Natacha Meyer", répondit-elle.

Le temps passa. La jeune femme s'acquitta de son dû.

Un peu avant la rentrée scolaire, ma fille décida de démarquer des carnets et de mettre en valeur la nouvelle collection sur l'étagère située à quelques pas du comptoir.

Natacha prit tout le stock de carnets démodés ou défraîchis ainsi que les plus précieux parmi les nouveaux. Jamais encore, un client n'avait fait autant d'achats à la fois.

Un mercredi, elle m'entendit parler avec un client de la mort de mon vieux chat. J'avais les larmes aux yeux, le geste hésitant. Lorsque vint son tour, elle sortit de son sac un carnet à la couverture bleue, elle me le tendit : "C'est un carnet de deuil " me dit-elle. "Notez-y tout ce qui concerne votre chat. Écrire, cela peut faire du bien."

Un peu avant Noël, Natacha fut renversée sur le passage pour piétons devant la librairie. L'automobiliste avait été ébloui par le soleil. Il avait freiné trop tard. Les crissements de pneus et les cris de passants m'attirèrent hors du magasin. Je vis alors que quantité de petits carnets s'étaient échappés du grand sac de Natacha. Je lus quelques titres calligraphiés à l'encre noire : "Carnet de bonnes idées", "Carnet de citations", Carnet de chagrins", "Carnet de sourires".

Natacha survécut à l'accident mais mit de nombreux mois à se rétablir. J'allai la visiter à l'hôpital puis chez elle, dans son studio. Jusqu'à ce qu'elle put revenir au magasin, je lui portai régulièrement son magasine favori.

mercredi 3 octobre 2012

Florennes a reçu des conteurs



Et voici le fameux article de l'Avenir, où l'on parle de notre prestation à la bibliothèque de Florennes suite au "Lâcher de conteurs" de Namur.

Une belle après-midi avec des enfants attentifs et quelques adultes souriants.

Nous avons même eu droit à des crêpes pour terminer !

jeudi 5 juillet 2012

Chose promise, chose due !


Comme promis à une sympathique vacancière suisse rencontrée dans le Limousin, voici le texte d'un de mes poèmes mis en musique par Monsieur Léon Tache, habitant de Broc (Canton de Fribourg) et professeur de musique à la retraite.

Encore un grand merci à Monsieur Tache qui avait découvert le poème sur Internet et que j'ai eu l'occasion de rencontrer plusieurs fois déjà.


JOIE D'ÉTÉ

Pour fêter les jours tendres comme des cerises,
Les chemins ondulants du vent,
Les nuages en marche sur l'azur,
Mon cœur chante,
Mon cœur danse.

Pour célébrer le soleil qui lentement se dérobe,
Les étoiles semblables à des diamants,
La lune, parure de la nuit chaude,
Mon cœur chante,
Mon cœur danse.

Pour ranimer la fleur endormie à l'ombre du buisson,
La coccinelle assoupie sur le pétale,
Les algues posées sur l'étang,
Mon cœur chante,
Mon cœur danse.

Pour arrêter un moment le cours des minutes,
Pour frôler le vol de l'éternité,
Pour voyager en demeurant ici,
Mon cœur chante,
Mon cœur danse.

Pour qu'au milieu de l'hiver,
Tremble aussi le parfum des lys,
Et vole encore le papillon,
Mon cœur chante,
Mon cœur danse.

.